Domaines prioritaires

Aider les mouvements féministes, en faveur des droits des femmes et de la justice de genre à être un élément moteur de l’opposition aux systèmes d’oppression et à co-créer des réalités féministes.

Domaine prioritaire : Co-Création des réalités féministes

Alors que nous rêvons d’un monde féministe, il y en a qui sont déjà en train de le construire et de le vivre. Ce sont nos réalités féministes ! 

Que sont les réalités féministes ?

Les réalités féministes sont les exemples concrets des mondes justes que nous sommes en train de co-créer. Elles existent aujourd’hui, dans les manières, dont les personnes et les mouvements vivent, luttent et se construisent.

Ces réalités féministes vont au-delà de la résistance aux systèmes oppressifs pour nous montrer à quoi ressemble un monde sans domination, sans exploitation et sans suprématie.

Ce sont ces histoires-là que nous voulons mettre en lumière, partager et amplifier à travers notre aventures des réalités féministes.

Transformer des visions en des expériences vécues

Au travers de cette initiative, nous voulons:

  • Créer et élargir les alternatives: Ensemble, nous créons de l’art et des expressions artistiques qui placent au centre et célèbrent l’espoir, l’optimisme, la guérison et l’imagination radicale que les réalités féministes inspirent.

  • Enrichir nos connaissances: Nous documentos, démontrons & diffusons des méthodologies qui permettront d’identifier les réalités féministes de nos différentes communautés.

  • Promouvoir des programmes féministes: Nous élargissons et approfondissons notre réflexion et notre organization collectives afin de promouvoir des solutions et des systèmes justes incarnant les valeurs et les visions féministes.

  • Mobiliser des actions solidaires: Nous incitons les mouvements féministes, en faveur des droits humaines et de la justice de genre et leurs allié-e-s à partager, échanger et co-créer des réalités, des récits et des propositions féministes lors du 14ème Forum international de l’AWID.


Le Forum international de l’AWID

Bien que nous mettions l’accent sur le processus avant, pendant et après les quatre jour du Forum, c’est lors de l’événement lui-même que la magie opère. Grâce à l’unique énergie des participant·e·s et à l’opportunité de rassembler les gens.

Nous espérons que le prochain Forum :

  • Construira le pouvoir des réalités féministes, en nommant, célébrant, amplifiant et en alimentant l’énergie autour des expériences et propositions qui font émerger les possibilités et nourrissent notre imagination

  • Remplira nos puits d’énergie et d’inspiration comme le carburant de notre activisme et de notre résilience pour les droits et la justice

  • Renforcera la connectivité, la réciprocité et la solidarité au sein des divers mouvements féministes et avec les mouvements en faveur des droits et de la justice.

En savoir plus sur le processus du Forum

Le prochain forum de l'AWID aura lieu du 20 au 23 september 2021 à Taipei, Taiwan.

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Explorer la liberté à travers l’éducation, l’action, l’unité et la solidarité

Née le 12 mars 2006 à Bogota, en Colombie, Sentimos Diverso s’est installée en 2010 à Quito, en Equateur, où se déroulent aujourd’hui les activités de l’organisation. Cette dernière se définit comme un « collectif œuvrant à créer et développer des projets et des actions destinés à autonomiser les femmes, les adolescent-e-s, les jeunes et les personnes ayant des orientations sexuelles et des identités de genre diverses pour l’exigibilité des droits humains, sexuels et reproductifs ». 


Action, union et solidarité face à la discrimination 

L’idée de Sentimos Diverso est apparue après avoir assisté à une scène, un soir, dans le quartier de Chapinero, à Bogota, où « un groupe de bone-heads (une variante de skinheads à tendances néo-nazies) poursuivait deux personnes très jeunes qui essayaient d’entrer au Teatrón, un bar gay très à la mode. Nous n’avons jamais su ce qu’il leur était arrivé ; mais nous avons compris qu’il était important d’ouvrir un espace d’homo-socialité autre que celui de la vie nocturne, un espace de sécurité et de confiance où nous pourrions être qui nous sommes. Nous nous sommes dit qu’en utilisant l’art et la littérature, les jeunes pourraient exprimer leurs quêtes et leurs inquiétudes, qu’ils pourraient se trouver et rencontrer d’autres personnes. » 

Au début, les membres du collectif aspiraient à ce que la société dans laquelle elles et ils vivaient, le mouvement de la jeunesse et le secteur LGBTI de la ville, « comprennent ce que cela signifie d’être un-e jeune divers-e, nous voulions être considéré-e-s comme des sujets de droit, transformer l’idée que c’est un sujet purement politique pour l’axer sur le quotidien et visibiliser les différentes expériences. » 

Sentimos Diverso croit à la collaboration et à la créativité sur le lieu de travail, avec une équipe multi-disciplinaire. De gauche à droite : Gabrielle, Cristina, Isabel, Lenyn et David.

Catalina, Nikita, Viviana, Marleny, Eduardo et Gabrielle, six ami-e-s, se sont donc mis-es au travail. Leur première action a été de créer “Canelazo Literario”, qui « réunissait précisément le goût de la performance et la littérature en développant des ateliers autour de thématiques telles que le corps, la ville et la diversité ». Ils et elles ont rassemblé des jeunes qui ne se définissaient pas uniquement comme appartenant aux LGBTI, ou pour lesquel-le-s il était dangereux de le faire ; « nous avons joué avec les mots : hétéroperturbé-e-s, lesboflexibles, bicurieux-ses, transindécis-e-s et beaucoup d’autres, pour que les gens comprennent que nous n’étions pas si différents ». 

Autour de l’année 2010, la vie avait choisi des chemins différents pour les membres et il ne restait plus qu’une seule personne du groupe original. Cette dernière immigra en Equateur et emmena l’organisation avec elle. 

Le nouvel emplacement de l’organisation, le contexte, nouveau et différent, ont généré de nouveaux défis qui ont eux-mêmes provoqué un élargissement de son domaine de travail, couvrant dorénavant les thématiques des droits sexuels et reproductifs et se concentrant sur les femmes, les adolescent-e-s et les jeunes. « Avec ces personnes, nous travaillons sur l’autonomisation, la conscientisation du contexte, leurs droits et l’exigibilité de ces derniers. Ce travail se fait à travers des méthodologies d’éducation populaires, l’informel, l’art (théâtre, photographie, vidéos, arts plastiques) et la communication ». 

Stratégies pour mener à bien un travail transformateur 

Sentimos Diverso mène ses tâches et son engagement en faveur de la transformation sociale à travers quatre lignes de travail.

Sentimos Diverso utilise des produits éducatifs comme stratégie pour aborder les droits sexuels et reproductifs. El Canguilazo est un videoblog pour les jeunes. Ici observé par des étudiant-e-s d'un collège du nord de Quito.

Premièrement, la ligne pédagogique : en s’appuyant sur des stratégies ludiques, empiriques, artistiques comme la peinture, le théâtre de l’opprimé, la photographie, l’écriture créative et la vidéo, elle a permis à l’organisation de développer des méthodologies de travail afin d’aborder et diffuser les thèmes de la diversité sexuelle et de genre ainsi que des droits sexuels et reproductifs. Elle a également organisé des ateliers auprès de populations diverses comme des adolescent-e-s, des jeunes, des personnes LGBTIQ, des femmes, des réfugié-e-s, des migrant-e-s, des victimes de violences, des mères adolescentes et des enseignant-e-s. 

D’autres publications ont été créées dans le cadre de cette même ligne : “De cuento en cuento me narro diverso” (‘d’histoire en histoire je me raconte diversement’), fruit du travail réalisé avec des jeunes de Bogota ; “12 cosas sobre mí” (’12 choses à mon sujet’), qui est le résultat de près de quatre années d’activités avec des adolescent-e-s de la ville de Quito ; et “Cirila y Silbato son amigos” (‘Cirila et Silbato sont amis’), utilisé comme matériel stratégique pour prévenir la violence sexuelle dans les zones à risque en termes de catastrophes naturelles. 

La deuxième ligne est celle de la recherche, développée afin d’analyser plus en profondeur les réalités des populations avec lesquelles l’organisation travaille.

« Nous sommes actuellement en cours de rédaction des conclusions de la recherche "Ojos que no ven: Maternidad adolescente, violencia y estrategias de vida" (‘Ce que les yeux ne voient pas : maternité adolescente, violence et stratégies de vie’), où nous nous sommes penché-e-s sur les activités des mères adolescentes, leur exploitation au travail, leur contribution aux tâches domestiques et familiales, leur présence ou non dans le système scolaire, leurs relations et situation familiales et les nouvelles vulnérabilités auxquelles elles sont soumises ». 

Dans ce même cadre, l’organisation développe « la création du hacker space féministe en Equateur, dont le but est de sécuriser les activistes et développer les stratégies d’auto-surveillance dans l’espace virtuel. Nous travaillons actuellement à partager nos connaissances et à développer nos outils en vue de leur diffusion ». 

La troisième ligne de travail passe par la communication. C’est un domaine qui intéresse beaucoup les gens et où ces derniers s’investissent fortement, puisque la page web du collectif est fréquemment actualisée et que ce dernier publie régulièrement des analyses, ainsi que des interviews sur l’actualité concernant les droits sexuels, reproductifs, des femmes et de la population LGBTIQ en Equateur et dans la région. « En cette année 2017, nous développons un travail de journalisme dans lequel nous analysons ces thématiques d’un point de vue régional dans le cadre d’un suivi des Objectifs millénaires de développement, en particulier celui lié à l’égalité de genre. Nous avons déjà publié notre premier article «No nos pidan que volvamos al silencio» [en espagnol].»

La quatrième ligne clé du travail qu’accomplit l’organisation est celle des relations interinstitutionnelles, où elle se concentre à créer des réseaux avec les institutions publiques, les organisations sociales et les activistes. « Nous considérons que le travail collectif fait toute la différence, et c’est précisément cet espace commun qui nous a permis d’établir un réseau de travail avec d’autres organisations de la région. Par exemple, nous avons été activement impliqué-e-s dans la Campagne pour la convention interaméricaine des droits sexuels et reproductifs, et avons développé des travaux comme la Escuela Audiovisual Al Borde- Ecuador (Ecole audiovisuelle AL Borde Equateur), dirigée par Mujeres Al Borde de Colombia. Nous sommes également présent-e-s dans les espaces locaux, comme ce sera le cas au Encuentro feminista de Ecuador (Rencontre féministe d’Equateur) tout au long de l’année 2017 ». 

Notre collègue Ángela, faisant la promotion de « 12 choses à propos de moi » pendant le Forum de l'AWID, au Brésil.

Incitation à la réflexion

Le travail de Sentimos Diverso vise à inviter à penser et repenser comment démanteler l’hétéro-patriarcat ; sa touche la plus créative ressort dans tout ce que l’organisation déploie en termes d’éducation.

C’est avec fierté qu’elle nous parle de l’une de ses dernières publications, le carnet “12 Cosas sobre mí”, qui récapitule une partie du travail réalisé auprès d’adolescent-e-s et de jeunes dans les écoles et les centres d’accueil de la ville de Quito. 

« Le carnet repose sur la créativité et la provocation de réflexions qui, si elles ont été pensées par des adolescent-e-s et des jeunes, peuvent aussi bien être développées par des personnes de tous âges. Nous partons de l’idée que le livre propose des thématiques pour l’écriture créative et nous lui ajoutons notre perspective artistique et pédagogique. De cette façon, nous aurons 12 questions qui génèreront des réflexions autour de l’identité, la mémoire, le genre, l’auto-estime, l’autonomisation, l’orientation sexuelle et les projets de vie. Cet outil pédagogique est issu des ateliers que nous organisons pour les adolescent-e-s. A l’origine, l’idée était de lancer des manuels pédagogiques, mais un processus de création au sein de Sentimos Diverso a débouché sur ce concept qui a été très bien reçu, et que nous avons lancé au 13ème Forum de l’AWID. Nous l’utilisons actuellement comme outil de travail auprès d’élèves de secondaire adolescent-e-s dans la ville de Quito. »

Les élèves savent bien que la pérennité d’une organisation ou d’un collectif dépend très souvent de la mobilisation et des ressources octroyées. 

Lors du Forum de l'AWID : Edward, Ángela, Gabrielle et Isabel participent aux discussions et apprenent en équipe les différentes stratégies de travail et d'autonomisation.

A sa création, le collectif a été financé par les efforts et les ressources réunis par les membres. Depuis 2007, il bénéficie du soutien de Astraea Lesbian Foundation for Justice, « qui a cru en notre travail, en nos activités et a contribué de façon fondamentale à notre croissance en tant qu’organisation sociale et en tant qu’activistes. Cette fondation nous a non seulement proportionné un soutien économique, mais elle a aussi proposé des formations et des rencontres qui se sont avérées importantes pour conserver notre dynamisme ».

Le soutien dont nous bénéficions de Mama Cash depuis 2014 a largement influencé la croissance et l’institutionnalisation de Sentimos Diverso en Equateur. « Nous avons aujourd’hui quelques projets qui prennent de l’ampleur et nous sommes conscient-e-s qu’il faut leur accorder un budget à part entière ; nous trouvons ainsi peu à peu des gens qui décident de nous croire et prennent le pari de nous soutenir. C’est aujourd’hui le cas de l’IWHC, qui a choisi de nous aider moyennant un projet que nous avons momentanément baptisé “especiales Editoriales” (spécial éditoriaux), et qui vise à renforcer nos habilités et nos apprentissages dans le domaine de la Communication ». 

Source
AWID

La recherche de ma voix et de mon identité en tant que féministe sierra-léonaise

Dans le cadre des profils des membres de l'AWID, Ngozi Cole raconte son voyage et comment elle a trouvé son identité en tant que féministe.


Mes souvenirs heureux les plus lointains sont ceux sur le dos de ma mère. La chaleur douillette de son écharpe en coton avait quelque chose de réconfortant. 

Jusqu’à l’âge de cinq ans, je sautais sur son dos en attendant patiemment qu’elle m’enveloppe dans mon cocon, même si elle marmonnait que je devenais « trop grande » pour cela. C’est à peu près à cette époque que nos vies ont pris une tournure définitive. En 1997, les rebelles du Revolutionary United Front (RUF, Front révolutionnaire uni) ont envahi Freetown et j’ai été arrachée à mon « chez moi » tel que je le connaissais. 

Ma famille à Frewtown au début des années 90, avant le début de la guerre civile sanglante qui a ravagé la ville. Je suis le bébé.

Ma mère s’est enfuie avec ma grande sœur et moi dans le pays voisin, la Gambie, où nous avons recommencé notre vie en tant que réfugiées. Je n’avais que cinq ans lorsque nous avons pris la fuite et je ne comprenais que mal les raisons qui m’avaient obligée à laisser derrière moi ami-e-s, cousins et cousine, père et jouets. J’ai essayé de m’adapter à mon nouveau chez moi ; ma mère, elle, a tout fait pour protéger ses filles des nombreuses réalités de marginalisation et difficultés qui sont inhérentes au statut de réfugié dans un pays étranger. J’ai appris à parler wolof, me suis rapidement fait des ami-e-s et très vite, beaucoup de choses m’ont paru familières – les odeurs et les bruits ont commencé à me sembler faire partie de chez moi. 

Nous sommes retournées en Sierra Leone l’année suivante après un bref épisode d’accalmie, et bien que cette tranquillité fut fragile, il nous semblait que la paix était enfin revenue. Nous avons tenté de reprendre le cours de notre ancienne vie, en espérant que l’accord de paix entre les factions belligérantes tiendrait. Pendant un temps, la vie a paru stable et j’ai même commencé à oublier la vie que j’avais laissée en Gambie – jusqu’au jour où les rebelles sont entrés dans Freetown pour la deuxième fois le 6 janvier 1999.

Il fut encore plus difficile de faire face à l’instabilité et au traumatisme de la guerre que la première fois. Cette fois, étant plus consciente et un peu plus âgée, j’ai eu l’impression que j’essayais de rattraper quelque chose qui s’éloignait de moi en flottant. Nous avons de nouveau passé la frontière gambienne ; pendant ces deux années qui ont suivi, je me suis sentie chez moi et ai intégré mon identité de réfugiée, ou d’ « alien », comme on nous appelait en Gambie. 

En 2002, nous avons décidé de rentrer à nouveau en Sierra Leone et nous espérions que cette fois, ce serait pour de bon. 

Mon identité a de nouveau été remise en question lorsque je suis entrée au collège, à la Annie Walsh Memorial School de Freetown. Je ne connaissais pas l’hymne national, j’avais oublié quelques mots du serment national et en ce qui concerne mon accent, je savais que ce n’était pas « tout à fait ça ». L’année de ma sixième, quelques camarades de classe m’ont demandé si j’étais vraiment sierra-léonaise. On avait beau m’avoir dérobé, fait miroiter la sécurité d’un chez moi et la familiarité une première, puis une deuxième fois, j’étais prête à tout pour me défaire de cette impression de décalage, de ce sentiment d’être « moins que », de ne pas être une citoyenne à part entière, d’être une réfugiée.

J’étais chez moi, j’étais sierra-léonaise et je me suis battue pour le revendiquer. 

Après mes études secondaires en Sierra Leone, j’ai obtenu une bourse me permettant de fréquenter la African Leadership Academy, une école panafricaine à Johannesburg. Je suis ensuite allée vivre à Wooster, une petite ville en plein milieu de l’Ohio, pour suivre des études au College of Wooster, une petite école d’arts privée non loin de Cleveland. J’y ai pris des cours de philosophie et de sciences politiques, qui, associés à mon cursus universitaire, m’ont donné les outils pour forger une autre partie de moi – mon identité féministe.

Des conférencières et des activistes de renom, telles que Roxanne Gay, auteure de Bad Feminist m’ont beaucoup influencée et poussée à embrasser mon identité féministe pendant mes années de formation. Ici, je suis avec Gay et l’une de mes amies proches et sœur féministe, Ainslee Robson (à gauche).

Au cours des premières années de mon adolescence, j’étais totalement persuadée que les féministes étaient des femmes qui nourrissaient de la colère à l’égard des hommes, des androphobes. 

Vers l’âge de 16 ans, j’ai commencé à adopter une pensée très radicale sur ma position de jeune fille dans ce que je considérais (et considère encore) comme une société majoritairement patriarcale. J’étais inspirée par les activistes qui œuvraient pour les droits des femmes, ces femmes qui luttaient sans relâche pour l’égalité politique en Sierra Leone, pour l’égalité des droits économiques et fonciers, et j’ai rejoint la lutte contre les mutilations génitales féminines. Mais je trouvais le « féminisme » encore trop extrême. En 2013, au Ghana, j’ai eu la chance de faire partie d’une communauté de jeunes femmes africaines de la diaspora et vivant sur le continent, dont bon nombre étaient féministes et œuvraient à faire changer les choses dans leurs communautés respectives. 

Pendant mon séjour au Ghana, j’ai rencontré Leymah Gbowee et Taiye Selasi, des femmes courageuses qui s’étaient elles aussi battues avec leur identité et qui s’identifiaient fortement au féminisme. Lorsque je suis retournée aux Etats Unis cet été-là, j’ai entamé un blog sur mon parcours de femmes africaines vivant dans le Midwest ainsi que sur ma pleine adhésion au féminisme. J’ai réussi à trouver ma propre voix, une voix assurée qui ne craignait plus de débattre ni de discuter avec ses pairs sur des questions concernant les femmes, fut-ce sur le campus ou dans le monde extérieur. Le féminisme a influencé mes écrits et j’ai été invitée sur un podcast de femmes africaines pour parler de l’oppression dont fait l’objet la sexualité des femmes africaines. Les publications de mon blog (en anglais) sur le body shaming et la culture du viol ont été largement diffusés sur les réseaux sociaux. 

Même après l’université, j’ai continué à trouver des façons d’intégrer cette partie de moi ; et tandis que je grandis et que je l’intègre pleinement, je comprends que le féminisme n’est pas « une partie » de moi, sinon qu’il est fondamental à ma survie le long de ce voyage qui est le mien en tant que jeune femme sierra-léonaise. Aujourd’hui, écrire au sujet des droits des femmes au Sierra Leone concernant la santé mentale et reproductive est un exutoire. 

J’ai trouvé ma voix, j’ai finalement intégré mon identité en tant que sierra-léonaise et en tant que féministe. Une féministe sierra-léonaise. 
L’une des nombreuses plages magnifiques de Sierra Leone, ma patrie

 

Source
Ngozi Cole

Important et urgent : les femmes africaines s’unissent contre l’extraction destructive des ressources

Nous sommes en quête d’une alternative de développement post-extractiviste et éco-féministe. 


Les femmes des communautés Somkhele et Fulani du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, ont décidé de prendre les choses en main. En tant que pourvoyeuses majeures de soins et principales sources de moyens de subsistance, elles ont été, en nombre et en gravité, les plus touchées par la crise de l’eau engendrée par le double problème de sécheresse et d’extraction intensive du charbon qui sévit à proximité de leurs domiciles.

Les femmes de Somkhele remplissent des barils d’eau d’un « waterkan »—une source municipale qui déssert les communautés de manière irrégulière. Les waterkans constituent la source primaire d’eau pour des dizaines de milliers de résident-e-s ruraux qui vivent dans des conditions de sécheresse.

« Cette mine nous a de prime abord gêné-e-s par son lieu d’implantation, celui où ils extraient le charbon et l’emplacement de leurs bureaux. Ils se sont installés là où nous vivions. Là où nous cultivions nos terres et tirions notre eau. A leur arrivée, ils ont bloqué le cours de nos rivières ; nous sommes désormais dans l’incapacité d’aller puiser de l’eau. Aujourd’hui, nous n’avons plus d’eau nulle part et sommes obligé-e-s d’acheter des bouteilles. »

– Smangele Nkosi de Somkhele dans « No Good Comes from the Mine », un film documentaire de WoMin.

Avec le soutien et la participation de WoMin, une alliance africaine spécialisée dans les thèmes de l’égalité des genres et des extractions, les femmes de ces deux communautés se sont réunies pour renforcer collectivement leur organisation et leur résistance aux activités minières, et plus particulièrement à celle de la mine de Tendele. 

Pour WoMin, ce type d’organisation locale menée par la classe ouvrière communautaire et les femmes paysannes devrait être ajouté à l’ordre du jour de la 61ème session de la Commission de la condition de la femme, qui se déroule actuellement au siège des Nations Unies à New York. Cela est essentiel si l’on veut « analyser à quoi devrait ressembler l’autonomisation des femmes dans un monde du travail en pleine mutation » et avoir une idée claire et précise des contextes actuels, ce qui permettra au travail réalisé par nos mouvements de renforcer son influence. 

Effets différenciés selon les genres 

« Les conséquences de l’extractivisme sur les corps, la sexualité et l’autonomie des femmes ne peuvent pas être sous-estimées… Les industries extractivistes ont un impact considérable sur la qualité de la terre et de l’eau, qui constituent les ressources communales sur lesquelles les femmes comptaient pour garantir des moyens de subsistance à leurs familles et leurs communautés. » 

WoMin explique que « l’inégalité et les divisions genrées du travail » contraignent les femmes à assumer un rôle social de reproduction (travail non rémunéré) au sein des communautés ouvrières et parmi les femmes paysannes. En tant que telles, elles sont durement touchées par les industries extractives. 

L’alliance souligne par ailleurs que l’analyse de la politique régionale a totalement négligé l’impact des industries extractives, en particulier le lien qui existe entre l’exploitation minière, l’extractivisme et la violence à l’encontre des femmes

Les femmes marchent pour la justice climatique (décembre 2016)

Cette violence se traduit de différentes manières. Elle se manifeste par exemple par le conflit, lorsque les entreprises et les Etats mettent à exécution la tactique du « diviser pour mieux régner » afin de forcer des prises de décisions communautaires en faveur de l’extraction. Ou encore par la dépossession des terres, qui oblige les communautés à quitter leurs terres pour faire place aux intérêts extractivistes et les laisse subvenir à leurs besoins et assurer leurs moyens de subsistance avec des ressources très limitées. Il existe donc une nécessité de créer des alternatives de développement qui s’attaquent aux niveaux élevés de violence interpersonnelle envers les femmes au sein de leurs familles et de leurs communautés, et fassent le lien avec les actes de violence commis sur les lieux d’activité des industries extractives et soutenus par l’Etat et les entreprises. L’une des autres répercussions induites par l’industrialisation basée sur les ressources minérales est le changement climatique, provoquant une sécheresse et un manque d’eau, ce qui a par ailleurs aussi des retombées négatives sur la production agricole. Enfin, les divisions genrées du travail et le rôle reproductif des femmes ont un impact négatif démesuré sur ces dernières. 

« Si l’on prend le point de vue des femmes et celui des communautés, il semblerait souvent que les coûts de l’extraction des ressources minérales et du pétrole l’emportent sur les avantages, dont profitent essentiellement l’élite dirigeante locale, les sociétés et les investisseurs. »

Le basculement des contextes politiques et économiques mondiaux, notamment en ce qui concerne l’impunité dont jouissent les sociétés et la captation de l’état, impose de toute urgence un renforcement et un meilleur alignement des organisations locales et la construction de mouvements transversaux. 

Important et urgent – Les femmes doivent piloter et définir le changement

Le travail de WoMin est à la fois important et urgent dans le contexte mondial actuel. L’alliance s’applique à dénoncer l’incidence négative que l’activité minière a sur les femmes, mais elle s’efforce aussi d’offrir des alternatives de développement éco-féministes et post-extractivistes. 

« Le paradigme de développement actuel n’est pas conçu pour prendre en considération les voix des femmes, et encore moins les communautés les plus directement touchées par l’industrialisation basée sur les ressources minérales et autres industries extractives (y compris l’agriculture industrielle). » 

Les femmes issues des organisations locales et des mouvements communautaires « doivent piloter et définir le changement et les alternatives. » C’est un élément clé du travail poursuivi par WoMin, qui œuvre en collaboration avec les organisations, les communautés et les mouvements locaux dans des pays tels que l’Afrique du Sud, le Kenya, le Zimbabwe, l’Ouganda, la République Démocratique du Congo (RDC) et le Nigéria. Les communautés de ces pays font certes face à différentes formes d’industries extractives, mais « elles s’accordent pour constater l’impunité des entreprises et la collusion de l’Etat qui viole constamment le droit à la vie et aux moyens de subsistance des communautés et des femmes ». 

Résistance et résilience

Évènement de WoMin en janvier 2015 sur le thème : « Les femmes défendent leur position sur l’industrie du charbon »

Dans le but de développer une organisation locale résiliente et efficace, créer des stratégies pour l’ « aujourd’hui » et renforcer l’analyse pour planifier la transition vers une société post-extractiviste, WoMin s’efforce d’élaborer des campagnes et des projets à l’échelle nationale et régionale

Les cahiers (en anglais) Women Building Power offrent des solutions pratiques aux communautés rencontrant des problèmes liés à l’énergie qui leur permettent de se nourrir, tout en proposant une organisation en faveur de changements à plus grande échelle, tels que la justice climatique. Ces sept guides pratiques sont à la fois des cahiers de recherche, des brochures d’information et des outils.

Ils sont aussi le préambule à la campagne régionale que les femmes africaines mèneront prochainement sur les thèmes de l’Energie, les combustibles fossiles et la justice climatique. « La campagne vise à construire un mouvement de femmes capable d’induire des changements en profondeur sur la façon dont l’énergie est produite et distribuée dans nos pays, et plus généralement en Afrique ». 

Pour mettre en valeur la forte résistance des femmes Somkhele et Fulani, des femmes des communautés ougandaises et éventuellement celles du Nigéria et de la RDC, WoMin travaille actuellement sur « No Good Comes from the Mine », un documentaire (en anglais) panafricain centré sur des personnages.

« Il nous raconte les histoires de femmes dont les vies sont négativement affectées par les activités minières et autres activités extractives. Il nous parle aussi de leur combat pour protéger et revendiquer leur terre, leur subsistance, leurs corps et leurs vies. Le film nous livre leur réalité quotidienne et la façon dont elles se mobilisent pour résister et protester contre les injustices… » 

Le travail de WoMin s’inscrit dans une merveilleuse vision du changement sous la forme d’une alternative de développement éco-féministe, où les femmes occupent une place centrale et définissent « à quoi devrait ressembler la justice économique pour elles et leurs communautés ». 

Le profil de ce membre a été publié en corrélation avec la 61ème session de la Commission de la condition de la femme (CSW) et le thème phare de cette année : « L’autonomie économique des femmes dans un monde du travail en pleine évolution ». 

La bande annonce du documentaire (en anglais) : 

 

 

Source
WoMin