Depuis lâannexion de la CrimĂ©e Ă la Russie en mars 2014, les droits et les communautĂ©s des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans*, queers et intersexes (LGBT*QI) de la pĂ©ninsule sont soumis Ă la loi discriminatoire et rĂ©pressive de « propagande anti-gays » (lien en anglais).Â
Tangarr est nĂ© Ă SĂ©bastopol, une ville situĂ©e au bord de la Mer Noire. Mais cet homme trans* aux convictions et aux principes bien ancrĂ©s, soutenant le fĂ©minisme, les droits LGBT*QI et les droits humains en gĂ©nĂ©ral, estime que la CrimĂ©e est aujourdâhui un lieu dangereux (lien en anglais) et a fui avec son partenaire en Ukraine continentale.Â
De lâidentitĂ©Â
Contrairement Ă la plupart des personnes trans*, Tangarr a dĂ©couvert un peu plus tard que son identitĂ© de genre nâĂ©tait pas en accord avec le sexe qui lui avait Ă©tĂ© assignĂ© Ă la naissance. Il nous a racontĂ© que son enfance avait Ă©tĂ© relativement heureuse, que ses parents avaient une vision plutĂŽt libĂ©rale du comportement que lâon attend dâun enfant. Son frĂšre et lui ont Ă©tĂ© traitĂ©s de la mĂȘme façon, et on ne demandait pas Ă Tangarr « dâavoir le comportement dâune fille normale » ou de faire des choses que la sociĂ©tĂ© considĂšre fĂ©minines.Â
« Je jouais aux cowboys et aux indiens, jâescaladais des montagnes avec mes parents et mon frĂšre, on voyageait en sac Ă dos. Je faisais du judo. JâĂ©tais moi-mĂȘme et je me sentais bien. »
Mais avec la pubertĂ©, il a vu surgir les difficultĂ©s. Il vivait mal les aspirations de sa mĂšre, en particulier lâidĂ©e selon laquelle la pubertĂ© Ă©tait la pĂ©riode qui « transforme les filles en de belles femmes », une idĂ©e qui est souvent enjolivĂ©e.Â
Cette mĂ©tamorphose suscitait en lui des sentiments de frustration et du tourment. Il se souvient : « Câest dur de rĂ©aliser que le dĂ©veloppement de votre corps prend une direction opposĂ©e Ă celle de votre psychĂ© ».Â
La sociĂ©tĂ© ne lâa pas toujours traitĂ© comme il lâaurait souhaitĂ©, les gens voyaient en lui une jeune fille. Cela ne lui inspirait quâune confusion et une impression dâincongruitĂ©, toutes deux liĂ©es au fait que leur perception le dĂ©cevait.
« Jâai cru que jâĂ©tais lesbienne (parce que, vous savez, elles sont stĂ©rĂ©otypĂ©es comme Ă©tant des femmes masculines), mais je prĂ©fĂ©rais les hommes. Câest lĂ quâon se rend compte Ă quel point il est important dâĂ©clairer les gens sur les questions dâorientation de genre et sexuelle. »Â
Tangarr dĂ©crit quâil a cruellement manquĂ© dâinformations concernant les personnes trans*, ce qui lâa amenĂ© Ă croire que le plus gros problĂšme venait de son corps. Il sâest mis Ă sâentraĂźner, « [est] devenu plus musclĂ© et athlĂ©tique, mais quelque chose manquait clairement ». Bien quâattĂ©nuĂ©e par un environnement assez libĂ©ral et par la comprĂ©hension et le soutien de ses ami-e-s, cette impression dâincongruitĂ© a continuĂ© de persister.
Sa vie a changĂ© lorsque quelquâun (quâil connaissait) a cherchĂ© Ă lâinsulter en lui disant : « Tu peux tâentraĂźner autant que tu veux, tu ne seras jamais un homme ». Ă cet instant, Tangarr a rĂ©alisĂ© une chose Ă laquelle il dit nâavoir jamais pensĂ© auparavantâŠÂ
« Je me suis dit que jâĂ©tais seul. Une fille qui se sent comme un mec â un mec gay, qui plus est. »
Changements juridiques et obstaclesÂ
Avant de changer lĂ©galement de sexe, les renseignements que Tangarr a trouvĂ©s sur le net et les gens avec lesquels il a Ă©changĂ© lâont aidĂ© Ă sâorienter afin dâobtenir toutes les informations nĂ©cessaires au sujet de ce processus en Ukraine. Il a lu des tĂ©moignages, des articles mĂ©dicaux, essentiellement tout ce quâil pouvait sur les changements au niveau de lâapparence et sur le traitement hormonal de substitution.Â
Il a entamĂ© sa thĂ©rapie et subi une mastectomie (ablation des seins) Ă Moscou, en Russie, puisquâil « nâexiste en Ukraine aucun chirurgien de qualitĂ© rĂ©putĂ© dans ce domaine ». Pour lui, cela reflĂšte aussi « lâignorance gĂ©nĂ©rale de la population sur les questions trans*, et cela mĂȘme parmi le corps mĂ©dical ».Â
« Au nom de tout ce qui nous tient Ă cĆur, il est impensable de refuser de relever ce dĂ©fi. »Â
Mais lâUkraine exige quâune stĂ©rilisation irrĂ©versible soit pratiquĂ©e afin dâeffectuer le changement de sexe. Tangarr sâest insurgĂ© contre cette condition, car « la stĂ©rilisation forcĂ©e est discriminatoire pour mille et une raisons ». Avec lâaide dâun ami, il est parvenu Ă modifier ses documents lĂ©galement, sans avoir Ă subir dâhystĂ©rectomie (ablation de lâutĂ©rus). Il est lâune des trĂšs rares personnes Ă avoir procĂ©dĂ© ainsi en Ukraine.Â
Discrimination/prĂ©jugĂ©s/violence et adhĂ©rer Ă des mouvementsÂ
 « Jâai toujours trouvĂ© bizarre que personne ne fasse rien pour empĂȘcher que cela nâarrive⊠Et puis jâai compris que âpersonneâ, câĂ©tait moi ».Â
Les expĂ©riences que Tangarr a faites au cours de sa vie (de femme) lâont amenĂ© Ă rejoindre le mouvement fĂ©ministe, « dans la mesure oĂč sa socialisation en tant quâhomme a mis en Ă©vidence tous les obstacles que les filles et les femmes ont Ă surmonter jour aprĂšs jour ». Câest un activiste de Lavender Menace, un groupe dont les principaux domaines dâintĂ©rĂȘt sont la thĂ©orie queer, le fĂ©minisme et les droits trans*. Il est aussi membre actif de la Trans* Coalition, qui rassemble les personnes trans* et leurs alliĂ©-e-s des pays de lâex Union soviĂ©tique.Â
En dĂ©cembre 2015, Tangarr a entamĂ© son travail activiste et participĂ© Ă un dialogue entre reprĂ©sentant-e-s de la communautĂ© trans* des pays de l'Europe de l'Est et d'Asie centrale (EEAC, en anglais) et de lâEurasian Coalition on Male Health ou ECOM (Coalition eurasienne sur la santĂ© des hommes), afin de parler des stratĂ©gies de prĂ©vention et des traitements du VIH et du SIDA au sein de la communautĂ© trans* en tant que groupe socialement vulnĂ©rable. Il a prĂ©sentĂ© un exposĂ© sur « les prĂ©jugĂ©s cognitifs comme causes de la forte exposition des hommes trans* Ă lâinfection du VIH, les mĂ©thodes de prĂ©vention et lâamĂ©lioration de la situation ».
Il a participĂ© Ă la crĂ©ation dâun ouvrage dâinformation sur le genre, rĂ©digĂ© des articles sur le thĂšme trans*, travaillĂ© Ă une vidĂ©o de soutien Ă Odessa Pride et sâest exprimĂ© lors dâune Ă©mission tĂ©lĂ©visĂ©e au sujet des obstacles juridiques auxquels les personnes trans* sont confrontĂ©es lorsquâelles tentent de changer de sexe.Â
Le Centre de la lutte contre le VIH et le SIDA de Kirovohrad (au centre de l'Ukraine) a invitĂ© Tangarr Ă donner une confĂ©rence sur les questions trans* Ă des journalistes, des activistes Ćuvrant en faveur des droits humains, des travailleur-euse-s de la santĂ© et Ă la police.Â
Tangarr est fermement convaincu que « lâĂ©ducation est une panacĂ©e capable dâĂ©liminer les prĂ©jugĂ©s et les idĂ©es erronĂ©es, la discrimination et la xĂ©nophobie ». Il a pour devise : « Optez pour la vĂ©ritĂ© le plus rapidement possible ».Â
« Plus nous savons de choses sur ce qui a trait Ă lâidentitĂ© de genre et lâorientation sexuelle, moins nous nourrissons de prĂ©jugĂ©s. Les idĂ©es reçues engendrent de la souffrance. En abolissant lâignorance, on diminue la dĂ©tresse quâelle provoque. »Â