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Des activistes tirent la sonnette d’alarme : la réduction des aides financières de l’administration Trump mettraient en danger des dizaines de milliers de femmes

Liz Ford

Le point d'interrogation concernant le soutien apporté aux projets à court terme du fond pour la population de l'ONU remet en question l'avenir de programmes en Syrie, en Afrique de l'Est et ailleurs.


Les coupes annoncées par l'administration Trump en matière d’aide financière risquent de compromettre la vie de dizaines de milliers de femmes et de filles, y compris beaucoup parmi celles qui ont fui la violence en Syrie, au Yémen et en Irak, dénoncent les militants.

Au total, 27 projets à court terme du fonds de population de l'ONU (FNUAP), pour une valeur de près de 23 millions de dollars (19 millions de livres sterling), sont actuellement soutenus par les États-Unis.

The Guardian a appris que le financement de ces projets, principalement en faveur de personnes déplacées, pourrait ne pas être renouvelé lorsque les délais expireront plus tard cette année.

Ces nouvelles nous parviennent à un moment où la situation du financement de la santé et des droits sexuels et reproductifs des femmes devient de plus en plus préoccupante.

Les délégué-e-s réuni-e-s à la Commission des Nations Unies sur la condition de la femme (CSW) à New York cette semaine craignent que le rétablissement de la « règle du bâillon mondial » par Donald Trump ne donne un coup de pouce aux groupes de la droite conservatrice qui chercheront à saper les droits des femmes lors de ce forum annuel.

Nikki Haley, la nouvelle ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, qui a déjà exprimé de fortes opinions anti-avortement, dirige la délégation américaine à la CSW. Elle a invité des représentant-e-s de deux groupes conservateurs pro-life – le Center for Family and Human Rights ou C-FAM (le Centre pour la famille et les droits humains) et la Heritage Foundation - à se joindre à sa délégation, envoyant ainsi le signal clair d’un virage à droite de la position des États-Unis lors des pourparlers.

La réduction des aides financières aux projets du FNUAP en Syrie pourrait entraîner la fermeture de 119 cliniques mobiles et centres de santé qui ont permis à 48.000 femmes d'accoucher en toute sécurité et qui ont offert des services de planification familiale à quelques autres 58.000 femmes.   64 centres et espaces sécurisés pour venir en aide aux femmes victimes de violence sexuelle sont également menacés de fermeture.

« Nous sommes confronté-e-s à une situation assez dramatique en Syrie et dans les pays environnants », a déclaré Klaus Pedersen, responsable du service de mobilisation des ressources du FNUAP.

Femmes afghannes en classe

Pedersen a déclaré que l'agence faisait appel à d'autres donateurs pour combler le vide en matière de financement, soit un montant total de plus de 700 millions de dollars à l’horizon 2020. Il espère que le FNUAP, l'agence des Nations Unies chargée de protéger la santé sexuelle et reproductive et les droits des femmes et des jeunes, bénéficiera d’une partie des 650 millions de dollars récemment affectés par le Canada à son budget de développement pour les trois prochaines années en faveur de la santé sexuelle et reproductive et de l'argent promis lors de la conférence She Decides à Bruxelles au début du mois.

Outre les projets en Syrie, au Liban, en Jordanie et en Turquie, les programmes du FNUAP en Somalie, en Éthiopie, au Yémen, en Afghanistan et au Nigeria du nord-est pourraient être obligés de fermer leurs portes. Un projet en Haïti pour restaurer les cliniques et les services de soins aux victimes de violence de genre après le passage de l'ouragan Matthew se terminera fin mars si aucune aide supplémentaire n'est trouvée.

Dans un projet d'ordonnance déposé en janvier, le FNUAP a été identifié parmi les organismes internationaux qui seraient soumis à un contrôle financier par le gouvernement américain. L'agence est le plus grand pourvoyeur mondial de contraceptifs et l'année dernière elle a permis à 12,5 millions de femmes dans plus de 46 pays d’accéder à des moyens de contraception modernes ainsi qu’à des services de santé reproductive.

« Les femmes sont particulièrement vulnérables dans les contextes de crises humanitaires, leurs corps deviennent de véritables champs de bataille »

Klaus Pedersen, UNFPA

En 2016, les États-Unis ont versé 69 millions de dollars au FNUAP - 31 millions de dollars pour les coûts de base de l'agence et le reste pour soutenir des projets à court terme tels ceux que l’on retrouve dans des contextes de crise humanitaire. En 2015, les États-Unis étaient le troisième plus grand donateur bilatéral de l'agence.

« Le FNUAP œuvre au sein de l'ONU pour veiller à ce que la santé sexuelle et reproductive et les droits des femmes et des filles soient garantis dans les contextes où  se trouve des réfugié-e-s. Les femmes tombent enceintes en toutes circonstances et sont particulièrement vulnérables dans les contextes de crises humanitaire, leurs corps deviennent de véritables champs de bataille », a déclaré Pedersen.

Un rapport publié par l'agence en 2015 a soutenu que les besoins en matière de santé des femmes dans les situations humanitaires étaient souvent considérés après-coup. Pourtant, 60% de tous les décès maternels évitables se produisent dans des pays fragilisés ou en situation de crise humanitaire, ce qui équivaut à près de 500 décès par jour.

Itumeleng Komanyane, responsable du réseau de programmes internationaux chez Sonke Gender Justice au Botswana, a déclaré : « Quand on pense au travail accompli par le FNUAP, imaginer une telle régression sur quelques années tout au plus, c’est une véritable calamité sur le plan humain ».

 

 


Cet article est publié dans le cadre de notre partenariat avec the Guardian et Mama Cash.
Category
Analyses