Domaines prioritaires

Aider les mouvements féministes, en faveur des droits des femmes et de la justice de genre à être un élément moteur de l’opposition aux systèmes d’oppression et à co-créer des réalités féministes.

Ressources des mouvements féministes

Les mouvements féministes, en faveur des droits des femmes et leurs allié-e-s du monde entier s’opposent au pouvoir et imaginent de nouvelles politiques de libération. Des ressources économiques et politiques aux actes quotidiens de résistance et de survie, les contributions qui viennent nourrir ce travail revêtent de nombreuses formes.


L’initiative de l’AWID, Ressources des mouvements féministes (Resourcing Feminist Movements, RFM), met en lumière l’écosystème de financement actuel, qui va des modèles d’attribution des ressources auto-générée aux voies de financement officielles.

A travers nos recherches et analyses, nous examinons de quelles façons les pratiques de financement pourraient mieux servir nos mouvements. Nous faisons une étude critique des contradictions propres au “financement” de la transformation sociale, compte tenu notamment de la répression politique croissante, des programmes anti-droits et du pouvoir grandissant des entreprises. Mais surtout, nous élaborons des stratégies collectives en appui à des mouvements fleurissants, solides et résilients.


Nos Actions

Reconnaissant la richesse de nos mouvements et répondant au contexte actuel, nous oeuvrons à:

  • Créer et élargir les alternatives : Nous développons les pratiques de financement qui accordent une place prépondérante aux priorités des activistes et impliquons un large éventail de donateurs et d’activistes dans la création de nouveaux modèles dynamiques d’attribution de ressources en faveur des mouvements féministes, en particulier dans un contexte qui voit l’espace de participation de la société civile diminuer considérablement.

  • Enrichir nos connaissances : Nous explorons, échangeons et consolidons nos connaissances sur la façon dont les mouvements attirent, organisent et utilisent les ressources qui leur sont nécessaires pour entreprendre des changements significatifs.

  • Plaider : Nous travaillons en partenariat, comme avec le Count Me In! Consortium, afin d’influencer les programmes de financement et permettre aux mouvements féministes d’être en dialogue direct pour déplacer le pouvoir et l’argent.

 

Contenu lié

Que se passe-t-il lorsqu’une féministe africaine décède?

Le genre d’histoires que nous devons oser nous raconter

Massan d’Almeida est une organisatrice féministe du Togo, fondatrice et Directrice éxécutive sortante du Réseau des Organisations Féminines de l’Afrique Francophone (ROFAF). Le ROFAF est un membre institutionnel de l’AWID, dont l’action est centrée sur le renforcement du réseautage et le soutien aux organisations et activistes féministes en Afrique francophone. 


Elle est décédée seule

Il n’y a pas si longtemps, Elise Ama Esso Lare, une militante des droits humains africaine de notre cercle, est décédée à l’âge de 51 ans des suites d’une longue maladie. Elle n’avait gagné aucun salaire dans le cadre de son militantisme ; au cours des denières années de sa vie, à cause de sa longue maladie, elle avait dépensé tout son argent. 

Combien d’entre nous, dans nos cercles de militant-e-s des droits humains et féministes, étaient au courant de cette situation ? Très peu. Nous ne disposons d’aucun mécanisme permettant de faire circuler ce genre d’information. Les détails sur lesquels nous échangeons ont généralement trait aux invitations à des ateliers et autres informations pratiques. Et que faisons-nous lorsque l’un-e d’entre nous a besoin d’aide ? Absolument rien. Les militant-e-s comme nous n’ont aucune couverture médicale, ni structure pour prendre soin de nous-mêmes, donc lorsque l’un-e d’entre nous tombe malade, il ou elle paie de sa poche. 

Cette militante qui vient de décéder... qui l’a enterrée ? Qui a assisté à ses obsèques ? Combien d’autres militant-e-s de son cercle étaient présent-e-s pour lui rendre un dernier hommage ? Très peu. Ce fut extrêmement perturbant. 

 

La militante féministe togolaise Elise Ama Esso (1966-2017)

À travail non rémunéré, ressources qui s’amoindrissent

Parlons des facteurs économiques. 

Les salaires sont extrêmement bas en Afrique francophone, et particulièrement dans les secteurs public et à but non lucratif. Même celles et ceux d’entre nous qui ont un travail rémunéré sont sans cesse à la recherche de nouvelles manières de gagner de l’argent. 

Parlons de l’avalanche de conférences mondiales sur les femmes et les mouvements internationaux pour les droits des femmes qui a débuté en 1975. Mexico. Beijing. Nairobi. 

Cette vague a déclenché une accélération de soutien de courte durée aux mouvements féministes, de sorte que, tout d’un coup, il semblait y avoir de l’argent pour la défense des droits des femmes. L’occasion, pour certain-e-s, de gagner un peu d’argent. Lancer une ONG, obtenir une ou deux subventions, générer un peu de travail, gérer le reste. Pour d’autres, ce fut l’occasion d’obtenir des ressources financières, de voyager, de participer à quelques conférences, toucher des indemnités quotidiennes sur quelques jours. 

La réalité est très différente. S’il ne fait aucun doute que les financements sont plus nombreux aujourd’hui, les ressources allouées spécifiquement aux droits des femmes demeurent rares. Un rapide coup d’œil permet de constater que nombre d’organisations n’ont qu’un nom ; l’absence de financement depuis des années les empêchant de mener une quelconque action. Certaines personnes travaillent, malgré tout, par pure passion : certaines motivées par leur formation scolaire ou intellectuelle, ou par la rencontre d’autres militant-e-s lors de réunions, séminaires ou conférences. Elles se disent alors qu’elles « aussi peuvent faire quelque chose ». Il arrive que leur entourage les encourage, en les incitant à créer leur propre ONG, parce que « c’est bien mieux que de travailler pour l’ONG de quelqu’un d’autre ».

La multiplication du nombre d’organisations et de militant-e-s impacte la qualité du travail, notamment car les capacités et les ressources sont très insuffisantes et que, de ce fait, la motivation à mettre son action féministe au service d’une cause est également faible. 

L’histoire de la création des ONG féministes

Les ONG sont-elles le meilleur vecteur pour l’action féministe ? Outre les structures étatiques, le fait est que les ONG semblent constituer le seul espace dans lequel il soit possible de soutenir certaines initiatives. Le paradigme ONG-société civile est un format apparu dans le sillon des conférences internationales sur les femmes depuis Mexico en 1975. À l’époque, de nombreux pays du monde commençaient à investir dans des ministères de la Femme, en puisant dans leurs enveloppes d’aide internationale. Mais même ainsi, peu de ces ministères avaient assez de budget pour mener à bien des actions concrètes. Et le cumul d’une mauvaise gouvernance et de la corruption a entraîné la nécessité de disposer d’un canal de redistribution des ressources disponibles pour la défense des droits humains des femmes. C’est alors que les ONG et autres organisations internationales sont entrées en scène. 

Le secteur privé empiète cependant désormais sur notre travail. Ces derniers temps, de grandes entreprises ont commencé à initier des projets qui prétendent œuvrer dans l’intérêt des droits des femmes et de l’égalité de genre, telles que Shell, par exemple, qui a lancé plusieurs projets dans différents pays. 

Les grandes entreprises peuvent désormais faire des demandes directes de subventions auprès de nos bailleurs de fonds historiques. Et elles reçoivent souvent plus de fonds que les ONG, peut-être parce qu’elles présentent un modèle qui privilégie la recherche du profit et disposent de mécanismes et d’outils qui facilitent cette génération de profit. La gestion axée sur les résultats, par exemple, est un modèle de gestion provenant du secteur privé si répandu que même les ONG s’en sont emparées. Et du fait de nos capacités institutionnelles actuelles, les ONG ressemblent davantage à des « personnes non gouvernementales » qu’à des « organisations non gouvernementales ». Elles manquent de ressources et de structure, ce qui alimente le cercle vicieux du « moins l’on dispose de financement, moins l’on reçoit de nouveaux financements ». 

Mais où est donc l’argent ?

Laissez-moi vous raconter une autre histoire : J’étais à un atelier, l’autre jour, à l’occasion duquel nombre des militant-e-s présent-e-s étaient a priori réuni-e-s pour soutenir une organisation. Mais certain-e-s participant-e-s étaient en fait occupé-e-s à autre chose : Elles-Ils étaient envieux-ses à propos de la subvention que l’organisation principale avait reçue - et pas nous. Elles-Ils essayaient de calculer le montant des financements vraiment dépensé, et ce qui allait directement dans les poches des organisatrices-teurs. 

Ces participant-e-s, de ce fait, peu enthousiastes à s'engager davantage. Personne ne souhaitait continuer à s’impliquer. La raison initiale de notre rassemblement ce jour-là est ainsi passée au deuxième plan. Il ne s’agissait plus que (du manque) d’argent.

Le problème tient, entre autres, au fait que de nombreux-ses de militant-e-s ne perçoivent pas de salaire. Travailler de la sorte relève de la mission impossible. C’est très très bien de travailler sur des questions qui nous passionnent, mais beaucoup d’entre nous ne sont pas payé-e-s (je parle des féministes francophones, car les féministes anglophones semblent avoir résolu cela). Plusieurs sont « Président-e », « Secrétaire général-e » ou « Trésorier-ère » bénévoles, et à travailler sans être rémunéré-e-s. Pouvez-vous imaginer travailler sans salaire pendant un, deux, voire dix ans ? Est-ce que cela vous conviendrait ?

De plus, la qualité et la quantité de financement que nous recevons ces jours-ci ne nous permettent pas d’assurer la pérennité de nos organisations. Nous comprenons bien que c’est parce que les gouvernements et institutions doivent justifier des subventions qu’ils nous accordent auprès de leurs citoyen-ne-s, mais cela est une toute autre histoire. Ce qui est clair est qu’ils peuvent décider de venir ici et de « travailler sur le terrain » par eux-mêmes, ou nous laisser mettre nos connaissances et notre expertise à profit pour faire le travail. Je pense personnellement qu’il s’agit d’une violation de notre droit à un travail décent rémunéré, et qu’il faut que nous osions parler de cela. Il est inconcevable que nous n’en parlions pas plus souvent.

C’est là le genre d’histoires que nous devons oser nous raconter

Je pense à mes collègues, à moi-même et à la pérennité de nos mouvements. Nous semblons aujourd’hui tenir solidement debout, mais le jour où quelque chose nous arrive, nous ne savons pas ce que nous deviendrons, ni notre entourage. Et cela me fait réfléchir à deux fois au genre de travail que nous réalisons, aux ressources dont nous disposons pour travailler, et à la manière dont nous travaillons. Tout le monde doit savoir ce qui se passe lorsqu’un-e militant-e des droits humains africaine de notre cercle décède. 


À propos du ROFAF

Le Réseau des Organisations Féminines d’Afrique Francophone (RORAF) est une ONG internationale fondée en 2006, avec pour objectif de mobiliser les fonds pour le travail des droits des Femmes en Afrique Francophone et d'apporter un appui technique et financier à ses organisations membres. Le ROFAF est membre institutionnel de l’AWID depuis 2008, et a présenté une session sur son expérience en matière de réseautage pour œuvrer en faveur de la sécurité des femmes et des filles et de leadership dans les situations de conflits et post-conflits, à l’occasion du Forum de l’AWID en 2016. 

Le Réseau des Organisations Féminines d'Afrique Francophone (ROFAF) est une organisation internationale non gouvernementale apolitique et à but non lucratif créé le 28 juillet 2006 et dont la mission est de mobiliser les ressources financières pour faire avancer les droits des femmes en Afrique francophone. Ses objectifs sont de :

  • Appuyer financièrement la mise en oeuvre des initiatives de ses organisations membres ;
  • Renforcer les capacités institutionnelles de ses organisations membres ;
  • Oeuvrer au respect des droits des femmes en Afrique francophone.

 

Source
AWID

Vingt ans de résistance et de travail de fond en Haïti

En 1970 à Port-au-Prince, les paramilitaires de l’ancien dictateur haïtien François Duvalier, connus sous le nom “Tonton makout” ont pénétré, saccagé et occupé le bureau de La Ligue Féminine d’Action Sociale, la première organisation féministe haïtienne, fondée en 1934. Grâce au bouche à oreille, les membres fondatrices de la Ligue ont accouru sur place quelques moments plus tard pour récupérer leurs documents qu’on avait éparpillé dans la rue. En dépoussiérant leurs archives, les membres de La Ligue, sont rentré-e-s à la maison, dit-on, pour s’appuyer sur le travail antérieur qui a failli disparaître.[1]


Vingt-sept ans plus tard, suite au coup d’État de 1997 en Haïti, l’Asosyasyon Fanm Soley Dayiti (AFASDA) (Association femmes soleil d’Haïti), fut initié comme groupe de réflexion et d’action par un groupe de femmes éducatrices et avocates pour contrer les discours masculinistes sur la construction de l’État et les élections contestées, AFASDA a initié ses activités en réfléchissant à la problématique transversale du genre dans le pays.

De 1997 à nos jours, elle a jeté les bases--dont divers programmes de formation en droits des femmes, d’assistance légale aux survivant-e-s de violences, de formations au leadership, d’alphabétisation de femmes--afin de soutenir les survivant-e-s de violence basée sur le genre, dans un contexte où 27% des femmes déclarent avoir subi des violences physiques au main de la part de leur partenaires ou autrui avant l’âge de 15 ans.[2]

Créé comme noyau de résistance, la mission d’AFASDA était de travailler avec les femmes et les filles haïtienne pour leur développement intégral, le respect de leurs droits et aussi pour reformuler le problème de la violence basée sur le genre comme étant de nature systémique plutôt que domestique.[3]

AFASDA, membre de l’AWID depuis le début de 2016, a collaboré à une vaste campagne de mobilisation des femmes et a également coordonné un programme de promotion d’un dialogue national mené avec la collaboration de radios communautaires.  

Célébrant leur 20ème anniversaire, forte d’expériences et d’alliances stratégiques, l’association poursuit sa mission et perçoit de nouvelles opportunités pour « les femmes d’exercer leur plein potentiel et de contribuer efficacement à la reconstruction de leur pays. »

« Par exemple, notre plus récent succès est le fait d’avoir fait juger et condamner un policier qui a violé une jeune etudiante, selon une nouvelle loi qui vient juste d’être votée, » affirme Elvire Eugène, directrice exécutive de l’AFASDA et résidente de Cap-Haïtien, une ville située au nord d’Haïti. 

Au niveau national, AFASDA prend activement part à la création et la gestion de divers réseaux et plateformes, dont la Coordination nationale de plaidoyer pour les plateformes des organisations haïtiennes (CONAP), la Platfòm Nap Vanse (Plateforme nous avançons), la Concertation nationale pour les femmes victimes de violence, le Réseau femmes du grand nord (REFAGNO).   
AFASDA a plus de 18 branches à travers tout le pays, ainsi que des comités communaux et possède un effectif de près de 3 000 membres (composé de femmes, filles et jeunes) qui participent dans les prises de décision et direction des activités, au niveau d'assemblées.

AFASDA est impliquée dans la lutte contre la violence basée sur le genre, particulièrement la défense de première ligne (assistance psycho-légale, sensibilisation, etc.). Pour contribuer à la réduction des cas de violences de genre, AFASDA fait un accompagnement légal pour les victimes, offre un  hébergement  temporairement pour des besoins de sécurité, organise des séminaires de réflexion et débats et des activités de  sensibilisation de  la population.

« Notre travail de concert avec nos partenaires contribue à la prévention des violences faite aux femmes et aux filles et à leur réintégration sociale, par la sensibilisation de la communauté sur la problématique de la violence faite aux femmes et aux filles et celle des autorités judiciaires et d’autres acteurs clés sur les difficultés rencontrées dans la prise en charge des femmes victimes de violences. » Elle offre aux femmes victimes de violence un accueil adéquat et leur faciliter l’accès aux services appropriées.    

« On est aussi activiste, c’est-à-dire, on est obligées d’aller dans les autres communes pour parler un peu de la violence. Parfois on suppose que les gens savent ce que c’est la violence mais après, on constate qu’il y a plusieurs communes qui ne savent pas ce que c’est la violence. On est obligées d’aller les retrouver pour parler avec eux de la violence. Parce qu’au bureau on reçoit beaucoup de cas qui démontrent que les gens ne savent pas ce que c’est la violence. Parfois elles subissent la violence mais elles ne savent pas où aller. AFASDA représente un repère.»

« C’est-à-dire qu’on est là pour les aider, les aider à se récupérer et s’il y a un malentendu avec leur partenaire on est obligées d’appeler le partenaire aussi. On lui envoie une lettre et puis quand les deux sont revenus au bureau on fait une médiation entre la dame et le partenaire. Après maintes reprises et puis ça va pour eux ils sont obligés de retenir. »

Le contingent haïtien au Forum des féminismes noirs et le Forum de l’AWID 2016 a été composé de quelques membre de l’AFASDA, dont Cathy Elvariste et Myriam Dubuisson, qui ont animé une session intitulée « vers une coalition forte des associations des femmes au niveau des pays francophones des Caraïbes ». 

Cathie Elvariste et Myriam Dubuisson animent une session au Forum AWID 2016

« Le dernier forum de l’AWID nous a offert des ouvertures et des opportunités et nous a aussi permis d’établir des contacts avec des activistes de différents pays. »

« Nous espérons que le suivi du forum sera effectif, certaines actions seront entreprises et que tous les pays du monde s’engagent dans la lutte pour le respect intégral des droits de la femme.»


[1]  Pour une narration soigneuse et nuancée du mouvement féministe haïtien, voir : Sanders, Grace Louise. “La voix des femmes: Haitian Women’s Rights, National Politics and Black Activism in Port-au-Prince and Montreal: 1934-1986”. 2013. 
[2] Voir “Violence basée sur le genre, FNUAP, 2016.”
[3] Pour une perspective sur l’état du mouvement féministe haïtien pendant les derniers 25 ans, consulter : Louis, Eunide. “Violences faites aux femmes en Haïti : État des lieux et perspectives”. Haiti Perspectives. Vol. 2. no. 3. Automne 2013.

Region
Les Caraïbes
Source
AWID