
Ronnie Gilbert

Alors que le capitalisme hétéropatriarcal s’acharne à nous contraindre au consumérisme et à la conformité, nous constatons que nos luttes sont cloisonnées et séparées par des frontières aussi bien physiques que virtuelles.
Avec les défis supplémentaires d’une pandémie mondiale à surmonter, cette stratégie du « diviser pour mieux régner » a favorisé l’expansion de l’exploitation dans de nombreux domaines.
Malgré tout, du 1er au 30 septembre 2021, le festival Crear | Résister | Transform : un festival dédié aux mouvements féministes ! de l’AWID nous a emmené·e·s à la découverte de ce que cela signifiait d’incarner nos réalités dans des espaces virtuels. Lors du festival, des activistes féministes du monde entier se sont réuni·e·s non seulement pour partager des expériences de libertés, de résistances et de solidarités transfrontalières durement gagnées, mais aussi pour exprimer ce à quoi pourrait ressembler une forme transnationale d’unité.
C’est précisément cette unité qui a le potentiel de dépasser les frontières, permettant de tisser une vision de l’avenir qui est transformatrice parce qu’abolitionniste et anticapitaliste. À travers des infrastructures numériques que nous avons investies avec notre queerness, notre résistance et nos imaginaires, le festival a présenté un moyen de se détourner des systèmes qui nous rendent complices de l’oppression des autres et de nous-mêmes.
Si Audre Lorde nous a appris que « les outils du maître ne détruiront jamais la maison du maître », Sara Ahmed nous a montré en revanche que nous pouvons en faire mauvais usage. Le fait d’avoir à créer un espace de rassemblement, en dépit de toutes les autres contraintes pesant sur nos emplois du temps, nous a permis d’imaginer une façon de rompre avec la réalité du capitalisme hétéropatriarcal.
Maintenant, si nous comprenons le rassemblement comme une forme de plaisir, il devient alors possible de faire le lien entre le plaisir transgressif et la résistance transnationale/transdigitale; entre les types de plaisir qui bousculent les frontières d’une part, et la queerness, la théâtralité, la lutte pour la terre et les autochtones, l’anticapitalisme et l’organisation anticoloniale d’autre part.
La présente édition a tenté de donner une idée de la manière dont l’exercice de rassemblement du festival a revêtu de multiples formes et imaginations. Au-delà des collaborations directes avec certain·e·s de ses orateurices et rêveur·se·s, nous avons fait appel à une pléthore d’autres voix du Sud mondial pour aborder plusieurs de ces sujets et thématiques. Vous trouverez ci-dessous une carte de certains des panels du festival qui nous ont le plus inspiré·e·s.
Prenons notre temps. Les orgasmes, comme la constitution des mouvements féministes, prennent du temps, de l’énergie et un peu de créativité.
Cette édition du journal, en partenariat avec Kohl : a Journal for Body and Gender Research (Kohl : une revue pour la recherche sur le corps et le genre) explorera les solutions, propositions et réalités féministes afin de transformer notre monde actuel, nos corps et nos sexualités.
Dans le cadre de notre engagement à nouer des liens plus profonds avec des artistes via nos pratiques de co-création de Réalités Féministes, AWID a collaboré avec un Groupe de Travail Artistique visant à faire progresser et à renforcer les programmes et réalités féministes, dans les communautés et mouvements via l’expression créative. Notre intention ici est de rassembler des féministes créatifs·ves dans un espace puissant et audacieux pour grandir et vivre librement, et briser les récits toxiques en les remplaçant par des alternatives transformatrices.
Et si nous ré-imaginons différentes manières de prendre soin de nos communautés?
Et si l'économie n'était pas basée sur le profit d’une petite élite mais sur notre bien-être individuel et collectif, et celui de la Nature?
Les histoires que vous allez découvrir portent sur les collectifs créés par et pour les personnes historiquement et actuellement exclues, privées de leurs droits et déshumanisées par l'État et la société.
Voici les histoires des féministes qui centrent les soins dans l’économie.
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TV5Monde: Kate Millett, décès d'une féministe qui combattait avec caresses et plaisir
(« main échangée »)
Terme des communautés noires du Cauca du Nord pour la minga, le travail collaboratif dans les fermes, basé sur l'entraide et la solidarité.
Jusqu’à son décès, à la suite d’une lutte brève mais agressive contre le cancer, Deborah était la directrice de la communication et de la mobilisation au Women’s funding network (le réseau de financement des femmes), WFN.
Entre 2008 et 2017, elle avait également travaillé auprès du Fonds mondial pour les femmes. Deborah était extrêmement appréciée et respectée par le conseil d'administration, l’équipe et les partenaires du Fonds mondial pour les femmes.
Kavita Ramdas, ex-PDG a déclaré, à juste titre, que Deborah était « la combinaison unique d’un être mêlant chaleur, générosité, intelligence et style, avec un engagement passionné pour faire fusionner la beauté et la justice. Elle avait compris le pouvoir des histoires. Le pouvoir de la voix des femmes. Le pouvoir de l'expérience vécue. Le pouvoir de renaître de ses cendres et de dire aux autres que c'était possible. Et nous continuons à nous relever. »
Musimbi Kanyoro, l'actuelle PDG du Fonds mondial pour les femmes, a ajouté: « Nous avons perdu une sœur et sa vie illumine des valeurs qui nous unissent et nous inspirent tou-te-s. Alors que nous sommes tou-te-s réuni-e-s pour pleurer le décès de Deborah, souvenons-nous et célébrons sa vie remarquable, audacieuse et passionnée. »
Experte en développement social et anthropologue de formation, Mary était surtout connue pour être une pionnière de la lutte contre les mutilations génitales féminines (MGF).
Née au Caire en 1922, les travaux de Mary en matière de développement ont commencé tôt, dès son adhésion à la YWCA (Association chrétienne des jeunes femmes). Mary était membre du Conseil œcuménique des Églises et s'est progressivement intéressée aux questions relatives à la santé des femmes. Sa longue lutte contre les MGF a porté ses fruits en 2008, lorsque l'Egypte a finalement criminalisé cette pratique.
On se souvient d'elle comme d'une mentor pour de nombreuses féministes et militant-e-s égyptien-ne-s