Protection de la famille
Contexte
Au cours des dernières années, nous avons observé une nouvelle tendance inquiétante dans les espaces internationaux consacrés aux droits humains. Les discours axés sur « la protection de la famille » sont en effet utilisés pour défendre des violations des droits de membres de la famille, pour renforcer et justifier l’impunité des auteurs de ces violations et pour restreindre l’égalité des droits au niveau de la vie familiale.
La campagne en faveur de la « Protection de la famille » est motivée par une volonté conservatrice d’imposer des conceptions « traditionnelles » et patriarcales de la famille et de priver les membres de la famille de leurs droits pour les transférer à « l’institution familiale ».
Les initiatives visant à la « Protection de la famille » reposent sur :
- la montée du traditionalisme,
- la montée du conservatisme culturel, social et religieux,
- l’existence d’une hostilité vis-à-vis des droits humains des femmes, des droits sexuels, des droits des enfants et enfin des droits des personnes dont l’identité de genre et l’orientation sexuelle ne sont pas conformes aux normes.
Depuis 2014, un groupe d’Etats travaille de front dans les espaces dédiés aux droits humains sous le nom de « Group of Friends of the Family » (Groupe des ami-e-s de la famille) ; des résolutions sur la « Protection de la famille » ont été adoptées chaque année depuis 2014.
Ce programme s’est propagé au-delà du Conseil des droits humains. Nous avons observé l’introduction d’un discours régressif autour de la « famille » à la Commission sur la condition de la femme, ainsi que des tentatives d’introduction dans les négociations sur les Objectifs de développement durable.
Notre approche
L’AWID travaille avec des partenaires et des allié-e-s pour s’opposer ensemble à la « Protection de la famille » et à d’autres programmes régressifs et défendre l’universalité des droits humains.
En réponse à l’influence croissante d’acteurs régressifs au sein des espaces dédiés aux droits humains, l’AWID a rejoint des allié-e-s afin de créer l’Observatoire sur l'Universalité des droits (OURs) (site en anglais). L’OURs est un projet de collaboration qui surveille, analyse et diffuse les informations concernant les initiatives anti-droits telles que la « Protection de la famille ».
Le premier rapport de l’OURs, Nos droits en danger, trace une cartographie des acteurs et actrices qui constituent le lobby mondial anti-droits et identifie leur réthorique et stratégies clés ainsi que leur impact sur les droits humains.
Le rapport précise que le programme de « Protection de la famille » a développé une collaboration entre un large éventail d’acteurs régressifs aux Nations Unies, qu’il décrit comme « un cadre stratégique abritant des positions anti-droits et patriarcales multiples, où le cadre vise entre autres à légitimer et institutionnaliser ces positions. »

Contenu lié
Présentation du salon
Par Alejandra Laprea
Qu’il est difficile de condenser la puissance et la diversité des voix qui s'élèvent en Amérique latine afin de vous présenter les autres réalités qui émergent dans ce vaste territoire, ces réalités féministes que nous construisons à partir du mouvement et des organisations populaires….
Pendant longtemps, j’ai tenté de paramétrer ma recherche et la sélection des films qui vous permettraient d’avoir un aperçu de tous ces rêves et projets qui se matérialisent peu à peu sur les territoires ‘notre-américains’, comme nous aimons à les appeler. La tâche a été ardue : il a fallu tenter d'établir des paramètres tels que la présence géographique, la justice linguistique et la représentation de la diversité des populations : indiennes, afro-descendantes, migrantes, et la multiplicité des drapeaux et des luttes qui découlent de toutes ces voix. Je suis arrivée à la conclusion que la création de cette compilation était un travail qui prendrait plusieurs années, un de ces projets en perpétuelle construction.
Pour ce salon, je suis partie à la recherche d'œuvres liées à la mobilisation et à la militance, ainsi que de documents qui donneront peut-être lieu à de grands débats que nous n'avons pas encore eus.
Dans cette sélection de films, vous découvrirez les voix de réalisatrices qui ne se contentent pas de restituer les réalités féministes palpitant dans chaque recoin de ce territoire vaste et divers, mais explorerez aussi des oeuvres qui, dans leur conception même, s'interrogent sur le pourquoi, le qui et le comment du cinéma ou de l'audiovisuel. Ces femmes comprennent le cinéma comme un outil de lutte, comme quelque chose de plus que de simples images à apprécier sur un écran. Pour ces réalisatrices ou collectifs de cinéastes, le cinéma et l'audiovisuel constituent un outil capable de promouvoir la discussion, d'ouvrir un débat, bref, une ressource pour la pédagogie populaire et féministe.
Ainsi, cette petite présentation est un voyage à travers les réalités féministes à deux niveaux : d’un côté, il y a ces histoires que vous découvrirez, et de l’autre, le travail de ces cinéastes qui cherchent à expérimenter, à créer d’autres réalités féministes dans leur façon de faire de l’audiovisuel et de raconter des histoires.
Bon voyage au gré de ces films de résistance, créatifs et transformateurs !
Lima is Burning
Direction: Giovana García Soto
Docu-fiction
Spanish with English subtitles
In Lima is Burning our work plays with documentary and fiction to take us into the life of Gía, a non-binary person, who uses performance art as a tool to denounce and transgress, as a vital manifesto against transfobia in every space, including gays spaces. With Gía we also take a look at transfeminism as a safe community in which Gía feels embraced, where she shares feelings and affections.
Giovana Garcia Sojo is a young peruvian audiovisual producer, specialized in low-budget production, creation for children and adolescents in cinema and cinematographic script by the International School of Cinema and Television - EICTV in San Antonio de Baños - Cuba. Giovana has developed her path as a director towards women and feminized identities, Lima is Burning is one of her first works.
Yo, Imposible / Being Impossible
Réalisé par Patricia Ortega
Fiction
Sous-titres en anglais
Patricia Ortega, directrice de “Yo Imposible” explore à travers Ariel, une jeune dont l’intersexualité a été violentée chirurgicalement dans son enfance, les multiples façons dont on tente de normaliser la diversité sexuelle et de genre.
Le film nous raconte comment Ariel a découvert qu’elle était née intersexe et qu’elle avait subi plusieurs chirurgies visant à normaliser ses organes génitaux. Cette découverte confronte le personnage à la redécouverte de son corps, à la reconstruction de son identité et nous confronte, nous qui regardons le film, à la remise en question d’une société dominée par l’hétéronormativité qui invisibilise les autres et les condamne au malheur.
Patricia Ortega, cinéaste vénézuélienne vivant en Argentine, a étudié à l’Ecole internationale de Cinéma et Télévision de Cuba et s’est spécialisée dans la réalisation de films. À travers la fiction, elle traite les situations extrêmes que les femmes ou les corps féminisés traversent et leurs façons de les surmonter.
“Yo Imposible” est une prise de position face à la conception d’un monde qui n’est conçu qu’en termes de masculin/féminin et qui invisibilise les autres. «Ces personnes ne sont pas malades, simplement génétiquement différentes. On intervient sur leurs organes génitaux et leur corps au moyen d'hormones sans leur autorisation, ce qui constitue une violation de leurs droits humains et de leur identité, et on cherche à les faire entrer dans les canons établis.» - Patricia Ortega
Cubanas, mujeres en revolución [Cuban Women in Revolution]
Réalisé par Maria Torrellas Liebana
Documentaire
Sous-titres en anglais
María Torrellas nous raconte la révolution cubaine à travers les femmes qui l’ont fait vivre, dont Vilma Espín, Celia Sánchez et Haydee Santamaría, entre autres.
Mais on ne peut pas se limiter à raconter l'histoire de la révolution cubaine par les femmes au passé, et c'est une lutte quotidienne que Torrellas dévoile en donnant la voix aux paysannes cubaines, professionnelles, étudiantes et ouvrières d’aujourd’hui. Dans «Cubanas, mujeres en revolución», nous découvrons les défis actuels des femmes cubaines face aux préjugés persistants, aux nouvelles formes de violence et au défi constant de créer de nouvelles réalités féministes pour celles et celleux qui viendront après elles dans un territoire assiégé depuis plus de soixante-dix ans par l'impérialisme américain.
Maíia Torrellas
María Torrellas est une communicante et documentariste. Elle a une longue carrière cinématographique et a obtenu, entre autres, le prix Santiago Alvarez in Memoriam pour son documentaire : Memoria de una Hija de Oshun (Mémoire d’une fille d’Oshún).
«Dans ce documentaire, j’ai souhaité mêler les luttes des héroïnes d’hier à celles des femmes d’aujourd’hui. Il s’agit d’histoires racontées par les femmes elles-mêmes où elles évoquent également les combattantes qu’elles admirent le plus. J’ai été impressionnée d’entendre “la révolution nous a tout donné” ou “que serait devenue ma famille sans la révolution?” de la bouche de camarades aux origines humbles, paysannes ou noires.» - María Torrellas
Serie documental Cuidadera (Série documentaire Cuidadera)
Réalisé par Gabriela Arnal et Marzel Ávila pour Fondo de Acción Urgente - LAC
Équateur 2019
Sous-titres en anglais
CUIDANDERAS, qui fusionne les mots ‘cuidar’ (prendre soin) et ‘curanderas’ (guérisseuses), est la synthèse d’une série portant sur les femmes en Amérique latine sur leurs territoires, des femmes qui mettent leur corps et toute leur énergie à protéger leurs communes, à protéger ce que nous offre la pachamama en nous engageant à en faire usage avec autant de sagesse que le reste des êtres vivants. Cette mini-série de documentaires nous présente les histoires de trois collectifs de femmes latinoaméricaines qui se dédient à prendre soin de leurs territoires, guérir leurs corps et affronter les modèles extractivistes et racistes en Équateur, en Colombie et en Bolivie.
Guardianas del Amazonas (Gardiennes de l’Amazonie)
Province d’Orellana, Équateur. Depuis plusieurs siècles, les femmes Waorani se battent pour leur territoire amazonien et la préservation de leur culture autochtone. Aujourd’hui, elles sont confrontées aux menaces de l’industrie pétrolière et son modèle de production mortifère. Depuis la jungle, des leaders appartenant à l’Association des femmes Waorani de l’Amazonie équatorienne (AMWAE, d’après son sigle en espagnol) exposent les raisons de leur résistance et nous montrent cette joie inépuisable qui symbolise leur plus grande force.
COMADRES DEL PACÍFICO COLOMBIANO (FEMMES DU PACIFIQUE COLOMBIEN)
Buenaventura, Colombie. Dans le port le plus grand et le plus violent de Colombie, ravagé par des décennies de conflit armé, de racisme et de machisme, un groupe de femmes refuse de sombrer dans la peur et résiste dans l’adversité. La Red Mariposas de Alas Nuevas (Réseau papillons aux ailes nouvelles) réunit des femmes noires de la côte pacifique colombienne qui travaillent de concert pour protéger leur territoire, récupérer leurs traditions ancestrales et guérir les blessures de cette violence systématique et structurelle.
RED NACIONAL DE MUJERES EN DEFENSA DE LA MADRE TIERRA (RÉSEAU NATIONAL DE FEMMES POUR LA DÉFENSE DE LA TERRE MÈRE)
Protéger et prendre soin du corps-terre-territoire est la vocation des femmes autochtones, paysannes et irrigantes (chargées des irrigations) en Bolivie face à un modèle extractiviste qui menace leurs vies, leur santé, leur intégrité physique et sexuelle et la survie de leurs communautés et de leurs territoires. Le Réseau de défenseuses de la Terre Mère a réuni des femmes de plus de 12 communautés autochtones afin de défendre leur droit à l’eau et dénoncer les violations des droits humains et des droits de la nature perpétrées par les industries extractives, tout en récupérant leurs savoirs et pratiques ancestrales de soin collectif.
«CUIDANDERAS, un mot qui combine ‘cuidadoras’ (celles qui prennent soin) et ‘curanderas’ (guérisseuses), présente les histoires de femmes défenseuses latinoaméricaines qui se consacrent à prendre soin de leurs territoires comme de leurs corps. La force collective de ces femmes a changé l’histoire de leurs communautés en Équateur, en Colombie et en Bolivie face à l’extractivisme et au racisme.»
Yo aborto, tú abortas todxs, callamos (J’avorte, tu avortes, on se tait)
Réalisé par Carlina Reynso
Argentine 2013
Espagnol
Si quelque chose a marqué les luttes féministes en Amérique latine, c'est assurément le cri lancé à l'échelle continentale en faveur d’un avortement libre, sûr et gratuit. Du nord au sud, les mouvements féministes se lèvent et descendent dans la rue pour lutter en faveur de la libération de notre premier territoire : notre corps. Ce documentaire sur l'avortement au sein de ce salon s’avère ainsi indispensable à l’heure de comprendre le pouvoir de nos femmes latino-américaines.
“Yo aborto, Tu Abortas Todxs Callamos” raconte l’histoire de sept femmes, dont la réalisatrice du documentaire, issues de classes socioculturelles différentes, qui se penchent sur une problématique dont chacune a, un jour ou l’autre, fait l’expérience dans son propre corps : l’avortement clandestin.
À travers leurs témoignages, la réalisatrice tente de démonter les mythes liés à l’interruption volontaire de grossesse, de déstigmatiser la question et de renouveler notre regard sur l’une des formes de violence les plus courantes dans les Amériques.
Carolina Reynoso
Réalisatrice, chercheuse et productrice de cinéma féministe, c’est aussi une activiste féministe qui anime des ateliers de création de scénarios d’un point de vue du genre afin de multiplier les films illustrant des réalités différentes et des histoires contre-hégémoniques. Carolina Reynoso conjugue de manière équilibrée activisme et création dans chacune de ses œuvres.
«Nous sommes un groupe de réalisateurs·rices audiovisuel·le·s qui avons réalisé ce documentaire pour continuer à lutter en faveur d’un avortement libre, sûr et gratuit en Argentine. Le film présente les témoignages de sept femmes, dont la réalisatrice du documentaire, issues de différentes classes socioculturelles qui se penchent sur une problématique dont chacune a, un jour ou l’autre, fait l’expérience dans son propre corps: l’avortement clandestin.» -L’équipe de tournage
Historias Urgentes: Resistencia en ollas Comunes (Histoires urgentes : la résistance dans les pots communs)
Nosotras Audiovisuales, collectif de réalisatrices chiliennes
Chili 2020
Lien vers le micro documentaire:
Espagnol
"Historias Urgentes" est une série créée par des femmes afin de visibiliser les besoins et les expériences revêtant une importance pour la population des territoires qui composent le Chili d'aujourd'hui. Cette série audiovisuelle est née pour entretenir la flamme ayant attisé la révolte sociale en octobre 2019 dans un Chili diversifié qui s'était réveillé et avait alors déclaré : «ça suffit».
"Resistencia en ollas comunes", la première de ces "Historias urgentes", nous montre, par la voix de quatre femmes d'Iquique, de Valparaíso, de Chillán et de Santiago, comment les soins se trouvent en première ligne de la résistance, créant d'autres réalités féministes pour elles-mêmes et pour les communautés où vivent les femmes d'Amérique latine.
Nosotras audiovisuales
Cette organisation, qui réunit des femmes ayant un lien avec l’audiovisuel chilien, est née en 2017 du besoin de connecter les femmes qui travaillent dans l’audiovisuel. Elle encourage ainsi le réseautagel, la collaboration et l’information entre femmes du secteur audiovisuel, ainsi que leurs travaux et leurs points de vue sur le monde du travail.
Nosotras Audiovisuales participe à la révolte chilienne en enregistrant et créant des contenus de création collective.
Se trata de Mujeres (Il s’agit de femmes)
Micol Metzner
Argentine 2019
Castillan
À partir de son expérience personnelle, la réalisatrice Micol Metzner présente une œuvre qui mêle documentaire et fiction, sa voix de cinéaste engagée à celle de milliers de femmes victimes de la traite sur le continent et démontre enfin que la solidarité entre femmes constitue la meilleure protection.
Micol Metzner
Réalisatrice audiovisuelle et formée à l’Institut d’arts cinématographiques d’Avellaneda, cette directrice artistique et monteuse fait partie du Cluster audiovisual de la Ciudad de Buenos Aires (Cluster audiovisuel de la ville de Buenos Aires), un espace communautaire et coopératif multisectoriel qui réalise des projets indépendants.
Elle anime des ateliers de cinéma dans certains quartiers et dans des contextes carcéraux (institutions pour mineur·e·s et prisons pour femmes). Elle fait partie de la société de production audiovisuelle MVM.
«La société de production MVM est née de la nécessité de pouvoir exprimer beaucoup de choses que nous exprimons habituellement dans la rue et de pouvoir le faire de manière créative à travers le dessin, l'audiovisuel et la photographie.
La société de production MVM est un lieu de recherche sur le langage, le graphisme et l'audiovisuel d’un point de vue féministe. C'est aussi un lieu qui permet de se libérer de tout ce que nous vivons et de générer des productions artistiques, parfois pour guérir, parfois pour créer des espaces de débat, comme c’est le cas de ce court métrage... Je n'imaginais pas que ce serait le cas, mais à chaque fois que le court métrage est diffusé, beaucoup de choses sortent, il engendre des discussions qui sont beaucoup plus enrichissantes que le court métrage en soi. Et le fait que ce soit notre travail qui déclenche ça, c’est formidable...».
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Upasana Agarwal



About Upasana Agarwal

Upasana is a non binary illustrator and artist based out of Kolkata, India. Their work explores identity and personal narratives by using a visual remnant or evidence of the contexts they work with. They are especially drawn to patterns which to them communicate complex truths about the past, present and future. When Upasana is not illustrating they organise and run a queer and trans community art centre in the city.
Shehla Masood
CFA 2023 - Intro FAQ - ar
المنتدى الدولي الخامس عشر لجمعية حقوق المرأة في التنمية (AWID)
يعتبر المنتدى الدولي الخامس عشر لجمعية حقوق المرأة في التنمية حدثًا مجتمعيًا عالميًا ومساحة للتحول الشخصي الجذري. يجمع المنتدى، وهو اجتماع فريد من نوعه، الحركات النسوية وحقوق المرأة والعدالة الجندرية ومجتمع الميم عين والحركات الحليفة، بكل تنوعنا وإنسانيتنا، للتواصل والشفاء والازدهار. المنتدى هو المكان الذي تحتل فيه نسويات ونسويو الجنوب العالمي والمجتمعات المهمشة تاريخياً مركز الصدارة، حيث يضعون الاستراتيجيات مع بعضهم/ن البعض، مع الحركات الحليفة الأخرى، ومع المموّلين وصانعي السياسات بهدف تحويل السلطة، إقامة تحالفات استراتيجية، والدخول في عالم أفضل ومختلف.
عندما يجتمع الناس على نطاق عالمي، كأفراد وحركات، فإننا نولد قوة جارفة. انضموا إلينا في بانكوك، تايلاند في عام 2024. تعالوا وارقصوا وغنوا واحلموا وانهضوا معنا.
متى: 2-5 ديسمبر 2024
أين: بانكوك، تايلاند؛ وعلى الانترنت
من: ما يقرب الـ 2500 ناشط/ة نسوية من جميع أنحاء العالم يشاركون شخصيًا، و3000 يشاركون افتراضيًا
Snippet She is on her way_Fest (ES)
Sesión plenaria:
"Ella está en camino":
Alternativas, feminismos y otro mundo
Felogene Anumo, AWID
Dr. Vandana Shiva, India
Dr. Dilar Dirik, Kurdistan
Nana Akosua Hanson, Ghana
Entender el contexto de las amenazas anti-derechos
Capítulo 2
El creciente poder de los actores anti-derechos no se está desarrollando en un vacío. Entender el auge del ultranacionalismo, del poder corporativo irrestricto, del incremento de la represión y de la disminución del espacio cívico resulta clave para contextualizar las amenazas anti-derechos que enfrentamos actualmente.

Danger - Trump and the Far Right.
Hoy en día, una cantidad considerablemente mayor a la mitad de la población mundial está gobernada por líderes de extrema derecha. En este escenario, lxs defensorxs de derechos humanos y lxs feministas están trabajando arduamente para «mantenerse firmes» y proteger el multilateralismo y el sistema internacional de derechos humanos. También enfrentan el riesgo de que su compromiso acarree represalias violentas. Al mismo tiempo, estas instituciones están cada vez más sujetas a los intereses del sector privado. Las grandes empresas (en particular, las corporaciones transnacionales) están ocupando asientos en la mesa de negociación y posiciones de liderazgo en una gran cantidad de instituciones multilaterales, incluida la ONU. Este nexo de ultranacionalismo, espacio cívico restringido y captura corporativa está teniendo un tremendo impacto sobre la posibilidad de que, alguna vez, logremos obtener derechos humanos para todxs.
Índice de contenidos
- Nacionalismo y ultranacionalismo
- Captura corporativa: el poder corporativo irrestricto está poniendo los derechos en riesgo
- Represalias y espacio cívico restringido para lxs activistas feministas y lxs defensorxs de los derechos humanos de las mujeres y personas LGBTIQ+
- Historia de movimiento de resistencia: El artículo 16 de la CEDAW: un camino hacia la reforma de las leyes de familia discriminatorias en contextos musulmanes
Manuela Martha Solís Contreras
CFA FAQ - Registration - AR
تسجيل
Snippet Day 14_Fest (FR)
L’histoire derrière Crear, Résister, Transform
Coumba Toure
Discours de clôture: Et maintenant, où allons-nous?
Cindy Clark, AWID
Fem Joy: Fête de clôture!
DJ Miss Ray
DJ Luana Flores
Phoenix Inana
Les discours antidroits
Chapitre 3
Les discours antidroits continuent à évoluer. Outre le recours à des arguments religieux, culturels et traditionnels, les acteur·rice·s antidroits s’approprient le langage de la justice sociale et des droits humains pour travestir leurs véritables programmes et gagner ainsi en légitimité.

Alison Howard, de l'Alliance Defending Freedom, s'exprime devant le chantier de construction de l'édifice de Washington, D.C. Planned Parenthood.
Il y a trente ans, un télévangéliste américain candidat républicain décrivait le féminisme comme « un mouvement politique antifamille qui encourage les femmes à quitter leur mari, tuer leurs enfants, pratiquer la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbiennes ». Cette idée progresse et acquiert aujourd’hui une légitimité insoupçonnée sous les apparats de l’« idéologie du genre » – une espèce de croque-mitaine polyvalent créé par les antidroits dans le seul but de s’y opposer.
Un thème revient sans cesse dans leurs discours teintés d’« impérialisme culturel », de « colonisation idéologique », de « génocide prénatal » et d’appel à la « clause de conscience » : la prise de contrôle. Les antidroits s’approprient des questions d’intérêt légitime, qu’ils et elles déforment pour servir leurs programmes oppressifs.
Sommaire
- L’idéologie du genre
- L’impérialisme culturel et la colonisation idéologique
- L’avortement : la clause de conscience
- L’avortement : un génocide prénatal
- Exercice : ressaisissons-nous du discours
- Histoire du mouvement de la résistance. Les Principes de Nairobi : les engagements intermouvements en faveur du handicap et de la SDSR
Fabiola Osorio Bernáldez
AWID ให้ทุนสำหรับการเข้าร่วมหรือไม่
จากงบประมาณในส่วนของการสร้างการเข้าถึงของเราจะสามารถมีทุนจำกัดจำนวนสำหรับสนับสนุนการเข้าร่วมของนักกิจกรรมที่ไม่สามารถหาทางอื่นๆได้และอีกทั้งยังไม่มีความสัมพัยธ์กับแหล่งทุนที่สามารถสนับสนุนการเข้าร่วมของพวกเขา โดยหากคุณมีหนทางเป็นไปได้อื่นๆกรุณาลองติดต่อประสานงานดูก่อน ส่วนพวกเราจะพยายามอย่างสุดความสามารถที่จะจัดให้มีทุนสนับสนุนให้มากที่สุดเท่าที่จะมากได้ และเราจะแจ้งรายละเอียดของกระบวนการสมัครเพื่อรับทุนนี้ในช่วงต้นปี 2567
Snippet intro text_Festival (EN)
Our festival featured 130 speakers, facilitators & artists from 43 countries, spread across 40+ sessions!
Ishtar sur pellicule
![]() |
Hind et Hind étaient le premier couple queer documenté dans l’histoire arabe. Dans le monde d’aujourd’hui, iel est un·e artiste queer du Liban. |

Séquence 1.
À l’âge de six ans, j’appris que mon grand-père avait un cinéma. Ma mère me raconta comment il l’avait ouvert au début des années 1960, quand elle avait également à peu près six ans. Elle se rappelait qu’il avait projeté La Mélodie du bonheur le soir de l’ouverture.
Je passais au cinéma tous les week-ends et regardais mon grand-père jouer au backgammon avec ses amis. Je ne savais pas qu’il vivait là, dans une pièce située juste en dessous de la cabine de projection. J’appris plus tard qu’il y avait emménagé à la suite de la séparation d’avec grand-mère, et de la fermeture du cinéma dans les années 1990, peu après la fin de la guerre civile libanaise.

Pendant des années et jusqu’à son décès, je voyais généralement mon grand-père jouer au backgammon à l’accueil du cinéma, qui n’était plus du tout entretenu. Ces scènes à répétition sont mes seuls souvenirs de lui. Je n’ai jamais vraiment appris à le connaître – on ne parlait jamais de cinéma, malgré qu’il ait passé tout son temps dans un cinéma en déperdition. Je ne lui ai jamais demandé ce que ça faisait de vivre dans un lieu comme celui-là. Il est mort quand j’avais 12 ans, le soir de Noël, d’une chute dans l’escalier en colimaçon qui montait jusqu’à la cabine de projection. C’est presque poétique qu’il soit mort en mouvement, dans une maison où les images en mouvement sont perpétuellement suspendues dans le temps.

Séquence 2.
Au printemps 2020, mon cousin m’a appelée pour me dire qu’il avait nettoyé le cinéma de mon grand-père et me demandait de le retrouver là-bas. Tous les deux, nous avions toujours rêvé de remettre le cinéma sur pied. J’arrivai sur place avant lui. À la réception, des cadres d’affiches étaient toujours accrochés aux murs… mais les affiches avaient disparu. Je savais qu’il devait rester des souches de places de ciné quelque part. Je les ai toutes trouvées dans une petite boîte en fer, sur une étagère derrière le bureau de l’accueil, et j’en ai profité pour en glisser quelques-unes dans ma poche.
Je commençai à me promener dans le ciné. Sur la scène principale, l’écran de projection était plutôt sale et quelque peu abîmé sur les côtés. Je passai mon index sur l’écran pour enlever une couche de poussière, et remarquai qu’il était toujours bien blanc en dessous. La toile semblait également en bon état. Je levai la tête pour voir si les rideaux de ma grand-mère, faits de satin blanc et arborant un petit emblème en lisière à l’effigie du cinéma, étaient toujours en place. Dans la pièce, il y avait une salle basse, une salle principale et un balcon. Les chaises semblaient vraiment très usées.
Je remarquai le projecteur qui dépassait d’une petite fenêtre à l’extrémité des places au balcon. Je gravis les marches en colimaçon jusqu’à la cabine de projection.
La pièce était sombre mais une source de lumière provenant des fenêtres poussiéreuses tombait sur une pile de bobines de films dans un coin. Des bandes de celluloïde sans vie gisaient emmêlées au pied du projecteur. Les bobines poussiéreuses étaient toutes des westerns, des films de Bollywood et de science-fiction, avec des titres horribles comme La Météorite qui détruisit la Terre, ou d’autres du même genre. Certaines d’entre elles attirèrent mon attention, et notamment de petites bandes de pellicule. Une par une, les bandes montraient différentes scènes de baisers, des danses suggestives, une vague scène de rassemblement, un gros plan d’une femme allongée bouche ouverte, le générique de début d’un film de Bollywood, et une étiquette « Actuellement à l’affiche » répétée sur plusieurs images.
Les génériques des films de Bollywood me rappelaient ma mère. Elle me racontait qu’on distribuait des mouchoirs aux spectateurs et spectatrices à la fin des projections. Je conservai les bandes avec les scènes de baisers et de danses suggestives, supposant qu’elles avaient été coupées pour des raisons de censure. Le gros plan sur la femme me rappela un extrait du film Visible Man de Béla Balázs, ou The Culture of Film, The Spirit of Film ou encore The Theory of the Film. Mon grand-père disait que les gros plans dans un film étaient comme un
soliloque silencieux, dans lequel un visage peut parler avec des nuances de sens les plus subtiles, sans sembler artificielles ni rappeler la distance des spectateurs. Dans ce monologue silencieux, l’âme humaine solitaire peut trouver une langue plus candide et désinhibée que tout soliloque parlé, car elle s’exprime instinctivement, subconsciemment.

Balázs décrivait surtout les gros plans de Jeanne dans le film muet La Passion de Jeanne d’Arc. Il remarquait combien « … dans le (cinéma) muet, l’expression faciale, isolée de son environnement, semble pénétrer une étrange nouvelle dimension de l’âme ».
J’examinai plus précisément la bande de pellicule. La femme semblait morte, son visage semblable à un masque. Cela me fit penser à l’Ophélie du peintre John Everett Millais. Dans son livre On Photography, Susan Sontag dit que la photographie est « une trace, quelque chose de marqué directement sur la bobine, comme une empreinte ou un masque mortuaire ». Ces masques mortuaires sont comme une présence qui rappelle une absence.
Je me souviens de ma rencontre avec un discours sur la mort et la photographie dans le film The Machine that Kills Bad People de Roberto Rossellini, tombé dans l’oubli. Dans ce film, un cameraman prend des photos de gens, qui sont alors figés, puis suspendus dans le temps. Le critique de cinéma français André Bazin disait que la photographie capture les corps hors du flux de l’amour et les conserve en les embaumant. Il décrivait cette momification photographique comme étant « la préservation de la vie par une représentation de la vie ».
Cette cabine de projection, sa disposition et toutes les choses qui semblaient avoir été déplacées, y compris les bandes de pellicules sur le sol, tout ce sur quoi mon grand-père avait laissé sa marque – je voulais absolument tout protéger.
Sous les bandes de pellicule reposait une bobine de film poussiéreuse intacte. On aurait dit que quelqu’un avait regardé le film en faisant dérouler la pellicule à la main. C’est à ce moment que mon cousin arriva en haut de l’escalier en colimaçon et me trouva en train de l’examiner. Se frottant le menton du bout des doigts, de manière très factuelle, il me dit : « Tu as trouvé le porno ».

Séquence 3.
J’observai la bande de film dans ma main et réalisai que ce n’était pas une scène de décès. La bande avait été coupée de la bobine d’un porno. La femme gémissait d’extase. Les gros plans servent à communiquer des sentiments d’intensité, d’extase, mais je n’avais jamais vraiment utilisé les théories de Balázs pour décrire une scène porno. Il écrivait « le paroxysme dramatique entre deux personnes sera toujours présenté comme un dialogue d’expression faciale en gros plan ». Je fourrai les bandes de films dans ma poche et donnai à la femme le nom d’Ishtar. Elle vit dans mon portefeuille depuis. Il semble étrange de comparer la représentation détaillée des peurs et du courage de Jeanne avec l’expression faciale orgasmique d’Ishtar.
D’après mon cousin, le frère de mon grand-père attendait que ce dernier ait quitté le cinéma et, au lieu de le fermer, il invitait ses amis à des projections privées. Je n’en pensais pas grand-chose. C’était une pratique courante, surtout pendant et après la guerre civile au Liban. Après la guerre, il y avait des téléviseurs dans presque tous les foyers libanais. Je me souviens même en avoir un dans ma chambre à la fin des années 1990, quand j’avais à peu près six ans. On m’avait dit que c’était courant d’acheter des films porno en cassette VHS à l’époque. Mohammed Soueid, un écrivain et réalisateur libanais, m’a dit un jour que les cinémas projetaient des films d’art et d’essai et de pornographie de la moitié des années 1980 à la moitié des années 1990, pour survivre. J’ai aussi entendu dire que les projectionnistes découpaient les bobines de films porno pour modifier les montages et pouvoir projeter quelque chose de différent chaque soir. Les gens sont finalement restés confortablement chez eux à regarder des cassettes VHS sur leur téléviseur, et les cinémas ont commencé à décliner.
Séquence 4.
Mon cousin redescendit pour consulter les archives administratives dans le bureau.
Je restai dans la cabine et commençai à faire glisser la bande entre mon index et mon majeur, la relevant avec les pouces pour faire lentement défiler les images entre mes mains. Je levai les mains pour capter la lumière de la fenêtre poussiéreuse et plissai les yeux pour tenter de deviner ce que cachaient les vignettes monochromes. Dans cette série d’images figurait un gros plan exagéré d’une bite plantée dans un vagin. L’image se répétait sur plusieurs cadres, jusqu’à ce que j’arrive à un nœud dans la bande, et que j’imagine le reste.


Séquence 5.
Hank exhibe son érection devant Veronika, couchée sur un lit à côté d’un faux secrétaire Louis XIV. Elle se lève lentement et fait glisser la fine bretelle de sa nuisette transparente de son épaule gauche. Hank dénoue sa robe de voile, la retourne, lui donne une claque sur les fesses et la pousse contre le secrétaire. Il enfonce sa bite dans sa chatte de manière répétée, alors que l’arrière du meuble frappe contre le mur tapissé.

Séquence 6.

Je fais toujours attention aux décorations intérieures depuis que mon enseignante en Études des femmes dans le porno m’a dit que les plus grandes archives de porno d’Amérique du Nord sont utilisées, de manière intéressante, pour examiner le mobilier de la classe moyenne de l’époque. Donc, alors que Veronika se penche et se fait prendre par derrière par Hank, une assistante en recherche universitaire pourrait tout aussi bien tenter de deviner le design du motif doré sur le secrétaire, ou étudier le relief rococo d’une chaise en bois dans un coin.
Pendant un moment, la cabine est devenue un espace d’imagination sexuelle féminine, perturbant un espace généralement promis à la liberté de la sexualité masculine. J’étais sûre que seuls les hommes pouvaient accéder aux cinémas qui diffusaient des films porno. La bobine de film était trop emmêlée pour pouvoir être démêlée dans une cabine de projection où la poussière s’accumulait depuis une décennie, donc je la fourrai dans mon sac de sport et sortis du cinéma.
Je ne sais pas ce qui m’a pris, mais je me suis sentie obligée de la garder. Je voulais ressentir l’excitation de garder quelque chose de mystérieux, quelque chose de non orthodoxe. Dans mon esprit, j’étais sûre que les gens savaient que je cachais quelque chose pendant que je descendais la rue. J’étais prise d’un sentiment de culpabilité mêlée de plaisir. Je me sentais perverse.

Séquence 7.
J’entrai dans la maison, préoccupée par le fait d’avoir une bobine de porno dans mon sac de sport et le fil de mes pensées qui s’était déroulé sur la route du retour à la maison. Je me dirigeai immédiatement vers ma chambre. Dans un coin un peu éloigné de mon esprit, je me suis rappelée que derrière mon mur se trouvait la chambre de Layla. Elle n’était probablement pas à la maison, mais la possibilité d’être entendue m’excitait. Je fermai la porte de ma chambre et sortis la bobine du film d’Ishtar.
Je l’imaginais habillée d’une légère robe en voile verte, dansant de manière suggestive devant moi, balançant ses hanches et me souriant du regard. Je m’allongeai sur mon lit et glissai mes doigts dans ma culotte. Soulevant mes hanches, je fis descendre ma main entre mes cuisses pour les écarter et glisser deux doigts à l’intérieur. Je me tendis en caressant mes plis chauds. Je gémis avant même de pouvoir m’arrêter. Je haletai et remuai mes reins. Les rayons de soleil qui entraient par la fenêtre me plaquaient des baisers sur la peau sans le vouloir. Je retenais mon souffle et mes membres tremblaient. J’avalai un cri et reposai à plat sur le matelas.
Séquence 8.
Quand j’étais en premier cycle à l’université, je suivais un cours d’Introduction au cinéma et la professeure, Erika Balsom, avait prévu une projection du Variety de Bette Gordon. J’étais excitée à l’idée de regarder le premier film de la productrice Christine Vachon, avant qu’elle ne se mette à produire des films qui font maintenant partie du mouvement du Nouveau cinéma queer. Variety était décrit comme un film féministe sur Christine, une femme qui commence à travailler à la billetterie d’un cinéma porno de New York appelé The Variety Theater. Christine peut entendre le son des films au cinéma, mais ne pénètre jamais dans les salles. Elle finit par s’intéresser à un client régulier, qu’elle observe de près. Elle le suit dans une boutique pour adultes où elle se tient à l’écart et feuillette des magazines pour adultes pour la toute première fois.
Le voyeurisme de Christine est affiché de différentes manières tout au long du film. Le script est également très chargé et contient des monologues érotiques qui seraient aujourd’hui considérés obscènes ou vulgaires.
Dans une scène qui se déroule dans une salle de jeux, elle lit de la littérature érotique à son copain. La caméra fait des allers-retours entre des gros plans des fesses de son copain Marc qui joue au flipper, faisant des mouvements de va-et-vient avec ses hanches contre le flipper, et un gros plan du visage de Christine qui lui récite son monologue.

Séquence 9.

« Sky fait du stop et est pris par une femme qui conduit une camionnette. Il est tard et il a besoin d’un endroit où dormir, elle lui propose donc de dormir chez elle.
Elle lui montre sa chambre et lui propose un verre. Ils boivent en discutant, puis décident d’aller se coucher. Ne parvenant pas à dormir, il remet son pantalon et traverse le hall jusqu’au salon. Il s’arrête avant de pouvoir être vu, mais il peut voir la scène. La femme est allongée nue sur la table basse, dont seules les jambes dépassent. Tout son corps est d’une blancheur excitante, comme s’il n’avait jamais été exposé au soleil. Ses mamelons sont d’un rose brillant, en feu, presque des néons. Ses lèvres sont entrouvertes. Sa longue chevelure de couleur châtain touche le sol; au bout de ses bras tendus, ses doigts caressent l’air. Son corps huilé est tout en rondeurs, sans angle ni os saillants. Glissant sur sa poitrine, un gros serpent entoure un de ses seins et descend contre le second. La langue du serpent lui lèche la chatte, si ouverte, si rouge dans la lumière de la lampe. Chaud et confus, l’homme retourne à sa chambre et, avec beaucoup de difficulté, parvient à s’endormir. Le lendemain matin, autour d’un bol de fraises, la femme lui demande de rester une autre nuit. Une fois encore, il ne parvient pas à dormir […] »

Séquence 10.
Quand j’avais 23 ans, Lynn, la fille de mon cours de cinéma avec qui je sortais, m’a prise par surprise en m’emmenant regarder des court-métrages érotiques le jour de la Saint-Valentin. L’événement avait lieu au Mayfair Theater, un vieux cinéma indépendant. L’architecture du cinéma rappelait les Nickelodéons d’Amérique du Nord, mais en plus vieillot. Ses balcons étaient décorés avec des cartons de Swamp Thing et d’Alien en taille réelle.
Cette année-là, le jury du festival était présidé par la star de cinéma pour adultes Kacie May, et le programme composé de court-métrages d’une heure et demie. Le contenu allait de courts-métrages soft sans machisme à des films scato fétichistes. Nous avons regardé quelques minutes de ce qui semblait être un porno hétérosexuel soft. Le film suivait un couple qui commence à faire l’amour dans un salon moderne, puis passe à la chambre. Il s’agissait surtout de scènes des deux en train de s’embrasser, se toucher et faire l’amour en position du missionnaire. Puis une femme avec un bob châtain entre dans leur lit, se léchant le dos de la main à petits coups de langue. Elle miaule et grimpe sur le couple, qui ne semblait pas y faire attention. Le couple continue à faire l’amour. Elle va alors jusqu’à la cuisine, ramasse son bol vide avec les dents et le dépose sur un coussin. Elle continue à faire des aller-retours jusqu’au couple pendant tout le reste du film. Cela semblait plutôt absurde. J’ai commencé à rire, mais Lynn avait l’air un peu mal à l’aise. J’ai alors regardé sur notre gauche et vu d’autres spectateurs et spectatrices se passer des bières et se gaver de pop-corn, tout en riant hystériquement. Leur rire ininterrompu et leurs commentaires à haute voix donnèrent le ton du festival. Regarder les spectatrices et les spectateurs est devenu plus intéressant que de regarder les films érotiques. Le Mayfair Theater projetait souvent des films culte, et regarder des films culte est une expérience de communion.
Ce n’est pas exactement la manière dont j’imaginais que l’oncle de ma mère regardait du porno au cinéma de mon grand-père. Les cinémas projetaient de manière évidente des films porno à l’époque, mais je ne pouvais imaginer cela se dérouler dans la ville de naissance de ma mère. Je l’imaginais regarder le film depuis le projecteur dans la cabine afin de pouvoir rapidement arrêter la projection en cas d’arrivée inopinée d’autres personnes. Ses amis prenaient place au balcon à l’arrière. Personne ne pouvait entrer à moins d’avoir la clé, donc ils étaient en sécurité. Ils devaient penser à tout. C’était un quartier chrétien conservateur et ils ne voulaient surtout pas causer d’ennuis. Ils étaient probablement dépassés par des sentiments d’excitation et de culpabilité. Les voix fortes de plaisanteries homoérotiques se mélangeaient à des gémissements et des râles, mais ils se rappelaient mutuellement de baisser le ton toutes les quelques minutes. Ils se relayaient à la fenêtre pour vérifier que les bruits ne pouvaient pas interpeller les voisins. Ils éteignaient parfois les haut-parleurs et regardaient sans le son.

Séquence 11.
Après une manifestation politique en 2019, je suis tombée sur un bouquiniste sur la rue Riad El Solh, près de la Place des martyrs dans le centre de Beyrouth. Au bout d’une des tables, passés les exemplaires d’Hugo et de Beauvoir, je trouvai une pile de romans érotiques et de magazines pour adultes. C’étaient des traductions de publications occidentales. J’en pris une vraiment au hasard; tout ce que je voulais, c’était détenir un exemplaire, juste pour le frisson. J’ai cherché celui avec la couverture la plus artistique.
En me rendant ma monnaie, le vendeur me demanda : « Je ne t’ai pas déjà vue quelque part? ». Il se mit à observer ma poitrine, descendant le regard plus bas. Il supposait probablement que je travaillais dans l’industrie du sexe ou du porno. Je le regardai bien dans les yeux et lui répondis que « Non ». Je fis demi-tour, prête à m’éloigner avec mon magazine. Il m’arrêta alors pour me dire qu’il avait beaucoup d’archives dans son sous-sol, et qu’il vendait régulièrement des collections et des publications de porno sur eBay, vers l’Europe et les États-Unis. J’aurais bien été intéressée à fouiller dans ses archives, mais je n’étais pas à l’aise et déclinai son offre. Je ne me sentais pas en sécurité. Je lui demandai où il trouvait ses romans. À ma grande surprise, ils étaient publiés au Liban.
En me dirigeant vers la statue de Riad El Solh, je parcourus la publication que j’avais achetée et trouvai le format du texte quelque peu démodé; les caractères de police étaient un peu flous, rendant le texte illisible. Les photographies à l’intérieur étaient faites de collages pornographiques aux couleurs passées. Ça paraissait assez cru; ça me plaisait. Le roman avait pour titre Les journaux intimes de Marcel.
La couverture était de manière évidente un découpage de magazines collés sur une feuille bleue. Sur l’image, une femme torse nu attrape la tête de son amant, enfonçant ses doigts dans ses cheveux, pendant qu’il lui embrasse le cou par derrière. La fermeture de sa jupe est entièrement descendue. Son amant à la main sur le bas de sa hanche droite. Sa main à elle est sur la sienne. Ses lèvres sont retroussées et entrouvertes, comme si elle gémissait de plaisir, ses cheveux blonds et raides à la mode des années 1970 descendant sur sa poitrine et couvrant partiellement ses mamelons.
J’ouvris la première page. La préface indiquait
“وشذوذ
ce qui se traduit par
« Désir
et débauche »
ou par
« Désir
et perversion »
Je lus le premier chapitre et réalisai que la personne qui avait traduit le texte avait changé le prénom du personnage principal en Fouad, un prénom arabe. Je supposai que l’idée était que le lectorat masculin libanais s’identifie à l’histoire. En continuant ma lecture, je réalisai que toutes ses amantes portaient des noms étrangers comme Hanna, Marla, Marcel, Marta.


Séquence 12.
Je réalisai à la page 27, chapitre quatre, que Marcel était un des amants de Fouad.

Séquence 13.
La scène avait lieu dans un cinéma. Les cinémas étaient souvent des espaces de liberté sexuelle en Amérique du Nord, et particulièrement depuis les années 1970, suite à la révolution sexuelle.
Je supposais également que tous les noms étrangers avaient été conservés pour donner une touche exotique au texte et le rendre moins tabou. La pornographie et l’érotisme étaient attribués à Hollywood, bien que le monde arabe ait de tout temps produit des textes érotiques. L’érotisme est devenu tabou, et la seule manière d’en produire sans danger est de le commercialiser comme un produit étranger, exotique.
Il est intéressant de noter comment l’exotique couvre l’érotique. La différence entre les deux adjectifs remonte à leur étymologie grecque respective : exotique vient de exo, « extérieur », qui signifie également autre, étranger; tandis qu’érotique est dérivé d’Éros, le dieu de l’amour sexuel. Donc, ce qui est exotique est mystérieux étranger – et ce qui est érotique est sexy.
Au Liban, la distinction entre l’exotique et l’érotique au cinéma est très ténue, tout comme la frontière entre films d’art et films porno. En 2015, lors d’une conversation avec la réalisatrice Jocelyne Saab dans un restaurant vietnamien de Paris, j’appris qu’elle avait dû tourner son film Dunia une deuxième fois pour modifier le dialecte égyptien en dialecte libanais. Elle me dit que ses acteurs et actrices étaient égyptiennes et égyptiens, et qu’elle n’était pas très stricte quant au script. Elle n’avait cependant pas le droit d’utiliser le dialecte égyptien. Le film devait être en libanais parce que les producteurs s’inquiétaient des scènes érotiques un peu limites dans le film. Ils en ont donc fait un film étranger.

