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Hommage aux Défenseurs des droits humains

Hommage aux féministes et aux femmes défenseures des droits humains qui ne sont plus de ce monde

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Lors du 12èmeForum International de l’AWID sur les droits des femmes et le développement, une exposition spéciale a été organisée par l’AWID pour célébrer la vie de femmes ayant contribué à l’avancement des droits des femmes qui ne sont plus parmi nous et qui nous manquent beaucoup. L’hommage a présenté des photos et les biographies de leaders des droits des femmes du monde entier, suspendues et tournant délicatement dans le hall du Forum. Plus de 2000 activistes féministes ont assisté au Forum, dont plusieurs d’entre elles ont participé à l’évènement commémoratif du 21 avril organisé par Breakthrough Collaborative consistant en une présentation audiovisuelle de l’hommage agrémentée de musique et de poésie, ainsi que de témoignages des femmes défenseures des droits humains en français, espagnol, anglais, arabe, et turc. Le poème « Maati » a été inclus au programme de l’hommage et traduit dans toutes les langues du Forum.

Cet hommage aux féministes et aux femmes défenseures des droits humains (FDDH) commémore et célèbre la vie et l’œuvre de femmes activistes décédées depuis le dernier Forum de l’AWID en 2008. Au-delà du fait de rendre hommage à ces femmes incroyables, nous tentons de faire la lumière sur le sort de toutes les FDDH qui ont disparu ou qui ont été assassinées dans le but de les réduire au silence et mettre fin à leur activisme. Nous les rappelons à notre mémoire collective et poursuivons la lutte qu’elles nous ont léguée, tel le flambeau des mouvements de défense des droits des femmes et féministes.

L’AWID a reçu pour cet hommage des contributions du monde entier. Même si beaucoup de femmes auxquelles il s’adresse sont mortes victimes d’un accident, d’une maladie ou d’une catastrophe naturelle, elles sont environ un tiers à avoir été tuées ou à disparaître en raison de leur activisme. Des femmes comme Marisela Escobedo Ortiz au Mexique, abattue alors qu’elle manifestait pacifiquement pour demander aux autorités de retrouver l’assassin de sa fille, Noxolo Nowaza, activiste et organisatrice sud-africaine des droits des LGBTI, assassinée lors d’un crime homophobe, Natalia Estemirova, journaliste assassinée pour avoir dénoncé les violations des droits humains en Tchétchénie, et Concepcion Brizuela, avocate des droits humains aux Philippines, enlevée de force pour avoir défendu les femmes, les petits agriculteurs et les autochtones. Comme on pouvait s’y attendre, ces crimes sont restés pour la plupart impunis.

Nous honorons la mémoire de nos sœurs et dénonçons l’extrême violence à laquelle sont confrontées les féministes et les femmes défenseures des droits humains du monde entier. Ces meurtres et ces disparitions ne sont pas des cas isolés : ils ont pour objectif d’affaiblir nos mouvements et de nous empêcher de nous opposer au patriarcat, à l’hétéronormativité ainsi qu’aux fondamentalismes qui oppriment les femmes et font obstacle à la réalisation des droits humains pour tous. La militarisation accrue, la généralisation du crime organisé, les crises de la démocratie et de la gouvernance, ainsi que les tensions croissantes dues au creusement des inégalités engendré par les systèmes économiques dominants, sont autant de contextes où l’activisme en faveur des droits des femmes s’avère de plus en plus dangereux, voire parfois même mortel, et ce dans le monde entier.

Et alors que nous les pleurons, nous avons aussi de nombreuses victoires à fêter et nous pouvons être fiers de l’héritage, de la passion et de l’engagement que nous ont légués ces défenseures des droits des femmes et féministes. Des femmes comme la kényane Wangari Maathai, qui a initié tout un mouvement en plantant des arbres, la nord-américaine Adrienne Rich, dont les poèmes et le militantisme nous ont tant inspiré-e-s et qui est parvenue à porter l’oppression des femmes et des lesbiennes au centre du discours politique et artistique ; Wedad Mitry, militante féministe égyptienne, qui a combattu pour l’indépendance de son pays et qui avait compris que la libération nationale allait de pair avec la libération des femmes et l’égalité, ou Dicle Koğacioğlu, jeune intellectuelle et militante féministe turque, dont les travaux sur le pouvoir, la modernité et les formes bureaucratiques de l’autorité en a influencé plus d’un pendant sa courte vie.

En tant que féministes et activistes des droits des femmes dans toute notre diversité, nous devons développer la solidarité entre les mouvements sociaux et renforcer notre capacité collective à répondre aux violences contre les femmes défenseures des droits humains et aux violations de leurs droits. La réponse collective à la violence à l’encontre des féministes et des femmes défenseures des droits humains et la garantie de la durabilité de nos mouvements pour l’égalité des genres, les droits des femmes et la justice pour tous, passent d’abord par la conviction que la sécurité, la sûreté et la protection de soi doivent être l’une des priorités de tous nos programmes politiques.

L’AWID tient à remercier les familles et les organisations qui ont partagé leurs histoires personnelles et contribué à cette commémoration. Nous nous joignons à elles en poursuivant les travaux remarquables de ces femmes et nous ne ménagerons aucun effort pour que justice soit faite dans les cas qui demeurent impunis.

Maati

Tes bras couverts de boue sèche ont l’odeur de la terre

Le soleil au-dessus de ta tête baigne ton front de sueur

Dans tes bras fins, le pouvoir et 

La force de plusieurs hommes 

Ton ombre seule en rassure plus d’un

Serait-ce ta flûte qui allume les fourneaux 

(Les femmes, pour les allumer, soufflent souvent sur les foyers avec leurs chalumeaux) 

Lorsque tu touches les cordes la vie s’anime

Et coule

Les moissons ensoleillées comme unique parure 

Telle la terre brûlée par le soleil 

Ta peau est couleur crépuscule 

De ces longues nuits noires tu es la lumière Aurorale

Toi qui demeures éveillée telle la bougie 

Brûlant tout au long de la nuit

Les vents te saluent, les saisons t’acclament

De poussière de terre revêtue, tu es

Le flux qui circule

Nourricière de cette terre

Ton souffle fatigué abrite le murmure des coquillages

Les espoirs aussi bleus que les cieux ont plus d’ailes qu’il n’en faut

Et reflètent une mer de chances qui miroite dans tes yeux