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Les Femmes Et Le Changement Climatique: Un Secret Pour Personne

Les femmes et le changement climatique: un secret pour personne

Green Belt Movement tree nursery in Tumutumu Hills, Kenya.

Photo Credit: Ariel Poster

Bien avant que le problème ne fasse les gros titres de l’actualité mondiale, les femmes luttaient déjà pour atténuer, voire invertir les impacts des changements climatiques, en particulier à l’échelle locale. En outre, les femmes tendent non seulement à se soucier de l’environnement en soi mais aussi dans ses relations avec l’économie et les moyens d’existence, la santé et le bien-être social.

 

Les femmes et le changement climatique: un secret pour personne

 

Bien avant que le problème ne fasse les gros titres de l’actualité mondiale, les femmes luttaient déjà pour atténuer, voire invertir les impacts des changements climatiques, en particulier à l’échelle locale. En outre, les femmes tendent non seulement à se soucier de l’environnement en soi mais aussi dans ses relations avec l’économie et les moyens d’existence, la santé et le bien-être social.

 

Ceci est le second article d’une série de quatre consacrée à l’étude des impacts sexospécifiques du changement climatique.

 

Le premier article concernait la façon dont les femmes sont affectées par le changement climatique. Restez attentives car nous publierons, dans les mois prochains, un troisième article sur comment les femmes s’organisent en vue de la prochaine Conférence des Nations Unies sur le changement climatique en décembre 2009, et un quatrième sur les résultats de la Conférence et leur incidence sur les droits des femmes.

 

Par Masum Momaya

 

Le changement climatique est le mot à la mode dans beaucoup d’instances de politique locale et internationale. Et pourtant, depuis des générations, nombreuses sont les femmes qui observent et cherchent à atténuer l’impact du changement climatique, et ce, en raison de leur double rôle social de responsable des soins familiaux et des moyens d’existence en tant qu’agricultrices.

 

Aujourd’hui, elles tentent toujours de préserver l’environnement dans leur interaction quotidienne avec celui-ci et font également connaître leurs expériences aux instances juridiques et de formulation de politiques aux échelons local, national, régional et international.

 

En raison de la relation étroite que beaucoup d’entre elles entretiennent avec la terre et souvent, de leurs responsabilités pour obtenir alimentation, carburant, abri, eau et médicaments pour leur famille, la connaissance qu’ont les femmes du changement climatique va au-delà des sciences, des statistiques et des changements physiques car elles en voient également les dimensions socio-économiques. D’une manière plus spécifique, les femmes ressentent, depuis très longtemps, les effets de politiques agricoles dominées par les intérêts des grandes entreprises, du pillage et de l’extraction des ressources naturelles, à des fins lucratives, de la part des gouvernements et du secteur privé; elles connaissent l’oppression des peuples autochtones et leur savoir en matière de biodiversité, l’impact de la pollution de l’air, de l’eau et des aliments sur la santé, et savent que les solutions de type commercial pour tenter de freiner les émissions de carbone n’ont aucun avenir.

 

Résistance à la base

 

Au Kenya, Wangari Maathai et les femmes appartenant au Green Belt Movement plantent des arbres et préservent l’eau pour tenter de compenser l’avancée rapide du déboisement. Ce qui a commencé comme un mouvement qui cherchait simplement à remplacer les arbres coupés par de nouveaux plants s’est développé et comprend aujourd’hui un mouvement pour la paix car, comme l’affirme Maathai, les problèmes environnementaux sont un symptôme et une dérive de la mauvaise gouvernance et de la marginalisation généralisée des femmes. L’action initiale de planter des arbres a permis de réunir des femmes qui ont échangé leurs idées et leur connaissance de l’environnement. Ceci les a poussées à travailler pour la paix et la responsabilité et certaines d’entre elles sont même candidates à des fonctions à l’échelon local et national. Dans le cas précis de ce mouvement et de plusieurs autres dans le monde, la destruction de l’environnement a favorisé la politisation des femmes qui ont été à la base d’une analyse intégrée du phénomène et de la lutte pour freiner le changement climatique.

 

En Inde, la monoculture, c’est-à-dire la stratégie de planter massivement un seul produit agricole pour obtenir de plus hauts rendements, et l’utilisation croissante de pesticides agressifs ont causé une érosion des sols. Les grandes entreprises agroalimentaires ont développé et impulsé l’utilisation de semences génétiquement modifiées pour ces sols appauvris, ainsi que de pesticides plus agressifs et plus chers sans nécessairement obtenir de meilleures récoltes. Dans leur désespoir, ces sociétés se sont appropriées de semences d’agriculteurs locaux qu'elles ont tenté de breveter sous le couvert des lois de la propriété intellectuelle. [1] Des femmes de ces communautés agricoles appartenant au Navdanya movement ont sélectionné et gardé des semences résistantes comme moyen de survie ainsi que pour faire front aux grandes entreprises agroalimentaires et préserver la biodiversité autochtone; elles s’efforcent actuellement de breveter leur semences devant les tribunaux.

 

Au Nigeria, les partenariats conclus entre des fonctionnaires du gouvernement et les sociétés ont facilité le forage et l’extraction du pétrole à grande échelle, ce qui libère d’abondantes vapeurs toxiques et prive les habitants du Nigeria de profiter ou de participer aux gains. Bien au contraire, les travailleurs locaux reçoivent des salaires miséreux et travaillent dans des conditions dangereuses, alors que les régions environnantes sont dévastées. Utilisant la tactique de la dénonciation—humiliation et tirant parti de leur force numérique, les femmes du Nigeria se sont organisées pour faire arrêter le forage ou obliger les entreprises à modifier leurs pratiques en matière d’environnement et de travail de façon à protéger à la fois l’environnement et les individus.

 

En Bolivie, les femmes ont joué un rôle instrumental dans les luttes communautaires contre la privatisation des services de distribution d’eau à Cochabamba. Face à un gouvernement qui a décidé de remettre la gestion de la distribution d’eau du pays aux mains de grandes sociétés multinationales qui imposent ensuite des tarifs exorbitants et prohibitifs, les citoyens se sont unis, malgré leurs ressources restreintes, pour créer des associations et coopératives d’eau, construire des réservoirs d’eau, mettre en place des réseaux de distribution et creuser des puits. Les femmes du monde entier sont parfaitement conscientes que l’eau est indispensable pour la nutrition, pour l’éradication des maladies, l’assainissement, hygiène et l’agriculture et donc combattent les impacts de la privatisation de l’eau.

 

Influencer les politiques

 

À l’échelle locale, beaucoup de femmes avocates ont recours au système juridique pour lutter contre la destruction de l’environnement et le changement climatique. Par exemple, Olya Melen a accusé le gouvernement ukrainien de permettre à de gros cargos de draguer un canal dans les marais du delta du Danube, ce qui en compromet la biodiversité. À Papua New Guinea, Anne Kajir revendique les droits fonciers au nom des propriétaires autochtones face à l’abattage massif de la forêt tropicale. Et au Kazakhstan, Kaisha Atakhanova a organisé un mouvement pour faire pression contre l’importation, par les autorités de son pays, de déchets nucléaires qui menacent d’aggraver encore plus les cas déjà très élevés de mutations génétiques, cancers et de contamination des aliments résultant de décennies d’émissions nucléaires.

 

À l’échelon national, les femmes adhèrent de plus en plus aux Partis verts, qui défendent des programmes sociaux dans de multiples domaines, en particulier en Europe. En effet, beaucoup de ces partis verts non seulement font pression pour mettre le thème de l’environnement au centre des agendas politiques mais se soucient également de la démocratie de base, du développement durable, de la non–violence, du droit des femmes, des droits des autochtones et de la justice sociale et les plates-formes politiques de nombreux partis sont élaborées et mises en avant par des femmes parlementaires.

 

Les groupes des droits des femmes et certains chercheurs de différents pays font également pression auprès des gouvernements pour qu’ils incorporent à leur programme l’accès à la contraception et aux services de santé reproductive en général, ainsi que le financement nécessaire à la lutte contre le changement climatique. Une étude récente conclut que l’accès universel à la santé reproductive pourrait constituer l’une des façons les moins coûteuses de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour l’année 2050. En outre, selon RH Reality Check, une publication en ligne qui prône le développement des droits en matière de santé sexuelle et reproductive, « une croissance rapide de la population peut exacerber la vulnérabilité existante face aux impacts du changement climatique. » La publication explique, par exemple, que « les taux de croissance démographique dans des zones côtières de basse altitude extrêmement vulnérables au Bangladesh et en Chine sont pratiquement deux fois plus élevés que les moyennes nationales; et en Éthiopie, l’effet conjugué d’une croissance rapide de la population et d’une baisse de la production agricole due à des raisons climatiques va aggraver la situation d’insécurité alimentaire. » [2] Les défenseurs des droits de femmes doivent toutefois veiller à ce que celles-ci ne soient pas prises comme cibles du contrôle de la population dans leurs efforts pour freiner le changement climatique. Sur le plan international, les groupes des droits des femmes documentent et mènent des campagnes de sensibilisation sur l’impact différentiel par sexe du changement climatique; ils cherchent également à renforcer les capacités des organisations locales et des réseaux régionaux d’intégrer l’analyse et le plaidoyer relatifs au changement climatique dans leur approche d’autres problèmes à l’aide de l’élaboration de manuels, de cours de formation et de rencontres.

 

Les organisations des droits des femmes participent également de plus en plus aux débats sur le changement climatique qui se déroulent au plus haut niveau et remettent en question la prédominance de solutions de type commercial telles que le marché de droits d'émission de carbone pour réduire les émissions. Par exemple, Yifat Susskind de MADRE, organisation internationale de droits humains des femmes, explique que l’échange de permis d’émissions « permet aux entreprises qui dégagent de fortes émissions de carbone de financer des projets qui sont censés absorber le carbone en échange de pouvoir continuer à polluer. Ce mécanisme ne résout pas la cause fondamentale des changements climatiques, à savoir l’exploitation insoutenable des ressources. Il permet tout simplement de maintenir les émissions de carbone. Il crée un incitant pervers à la pollution du carbone en transformant les émissions en un produit échangeable. » [3]

 

Dans un panorama géopolitique peuplé de parties prenantes puissantes et marginalisées et influencées par des programmes complexes tant dans le secteur politique que privé, la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se tiendra prochainement à Copenhague constituera pourtant une nouvelle instance pour pouvoir influencer la politique mondiale et faire campagne en faveur de l’égalité des sexes dans le contexte de la protection de l’environnement.

 

Pour en savoir plus sur les stratégies des femmes pour faire face au changement climatique:

 

Gender Action

 

Gender CC – Climate Justice for Women

 

International Union for Conservation of Nature Gender-Based Advocacy on Climate Change

 

Oxfam Campaign Against Climate Change

 

Women’s Environment & Development Organization Campaign on Climate Change

 

Références:

 

[1] http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=13820

 

[2] http://www.rhrealitycheck.org/blog/2009/09/22/climate-change-population-growth-and-reproductive-health-its-about-more-than-reducing-emissions

 

[3] http://www.takeabite.cc/interview-with-yifat-susskind/

 

 

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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