L’impact De La Crise Économique Sur Les Femmes Dans Les Caraïbes
Dès la moitié de l’année 2008, la crise financière mondiale a suscité une attention planétaire dans un climat de désarroi croissant. La crise des sub-primes aux Etats-Unis - causée par des opérations d’initiés et des profits7 abusifs et encouragée par l’échec quasi-total des règlements – a servi de point de basculement.
Cette crise marque l’effondrement d’une période de néolibéralisme – connu comme le « consensus de Washington »9 - qui a contribué à augmenter l’inégalité entre les pays et au sein même de ceux-ci. Le néolibéralisme est un système économique et idéologique caractérisé par la proéminence d’un marché autorégulateur et par la croyance dans la théorie de la redistribution de la richesse appelée le « ruissellement ». Le néolibéralisme a eu comme conséquence l’élimination des obs-tacles (c.-à-d. des règlements) de la mobilité des capitaux, l’affaiblissement des syndicats et la réduction des dépenses publiques pour les services sociaux.
Les politiques néolibérales, présentées dans les Caraïbes comme les Programmes d’ajustement structurel (SAP, sigle anglais pour Structural Adjustment Programmes) pendant les années 80, ont pratiquement détruit dans son entièreté le secteur agricole10 de toute la région et le secteur de production industrielle dans quelques pays spécifiques, et ce en seulement dix ans. Les féministes Joan French (1994) et Peggy Antrobus (2004:70-76), provenant des Caraïbes, ont critiqué ces politiques, et ont transposé dans plusieurs documents les impacts spécifiques de ces politiques sur les femmes les plus défavorisées. Par exemple, Antrobus et French soulignent de manière spécifique l’impact de la diminution des dépenses publiques pour la santé et le bien-être social des femmes.
Les pays développés – entre autres, les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, et le Royaume-Uni - ont ressenti plusieurs impacts de la crise. Ces impacts se sont traduits par des pertes d’emplois importantes, un accès restreint aux prêts/crédits, des saisies immobilières et un déclin du commerce mondial. En réponse à ces impacts, ces pays ont adopté des plans de relance, une option que la majorité des pays du sud, y compris ceux des Caraïbes (excepté Trinité-et-Tobago, producteur de pétrole et de gaz), n’ont pas. Les gouvernements ont créé, en conséquence, des plans de relance.
Ces développements ont, cependant, des conséquences graves pour les économies des Caraïbes. Pendant les vingt dernières années, la dépendance de leurs économies aux marchés du Nord a augmenté: dans le cas de Trinité-et-Tobago, les pays du Nord constituent le principal marché pour leur énergie11 par exemple, alors que plusieurs îles dépendent des clients et des investisseurs du Nord pour le tourisme12 et les services financiers offshore. Les économies des Caraïbes dépendent également des pays du Nord pour l’achat de leurs matières premières13 et de leurs produits manufacturés. La prédominance du secteur des services – en ce compris le tourisme, les opérations bancaires offshore, et l’infor-matique - suit le déclin de leurs secteurs de production (voir le tableau 1 ci-dessous pour des données sur les économies des pays des Caraïbes).



