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Jeunes Activistes Féministes Au Brésil

L’AWID s’entretient avec Ana Adeve sur le rôle des jeunes activistes féministes au Brésil.

Par Rochelle Jones

AWID. A titre personnel, pouvez-nous nous raconter comment vous vous êtes impliquée dans le féminisme et ce que cela représente pour vous ?

Ana Adeve (AA): À quinze ans, j’ai commencé à participer à un groupe d’étudiants à l’école que je fréquentais. Je faisais partie d’un groupe qui étudiait le marxisme lorsqu’une amie m’a invitée à suivre un cours de féminisme pour jeunes femmes. L’organisation n’était pas spécialement destinée aux jeunes gens mais nous avons essayé de former un groupe de jeunes femmes. Dès mon premier contact avec le féminisme, le concept m’a plu. Les principaux dirigeants du mouvement étudiant étaient tous des hommes et les femmes restaient toujours à l’arrière. Le premier livre que j’ai lu sur le féminisme, « Le deuxième sexe », a changé ma vision du monde et de la vie.

Le féminisme est ma vie. Le féminisme représente une possibilité de changement, de créer de nouvelles relations entre les femmes et les hommes. Le féminisme remet également en cause le patriarcat et la misogynie, ainsi que la structure même de la société. J’ai commencé à l’époque où les militaires étaient au pouvoir et où les hommes étaient, aux yeux de tous, plus valorisés que les femmes. La possibilité de penser à transformer la société par le biais du féminisme a toujours été le moteur de mon action. Le féminisme est l’émancipation des femmes et des hommes en quête d’une rénovation de la structure sociale.

AWID: A quel type d’activités participez-vous actuellement ?

AA: Je participe actuellement aux organisations suivantes:

  • Jeunes Féministes de Sao Paulo – collectif féministe;
  • J’ai été l’une des fondatrices de la Coordination brésilienne des Jeunes Féministes et coordinatrice du réseau national;
  • Je préside l’Association Frida Kahlo – organisation collective composée de plusieurs mouvements de jeunes sur le thème du combat féministe;
  • Je fais partie de l’équipe de coordination du REDLAC – Réseau des jeunes d’Amérique latine et des Caraïbes pour les droits sexuels et reproductifs;

AWID: Y a –t-il une idéologie qui sous-tend les mouvements de jeunes féministes en Amérique latine?

AA: Les jeunes ont toujours été présents dans le mouvement féministe. Nombreuses sont les jeunes femmes qui ont combattu pour la création d’un modèle féministe et pour la liberté. Le terme « jeune féministe » est toutefois relativement récent. Les premières idées relatives à une identité politique née des expériences des différentes générations ont été évoquées dans la déclaration de la huitième Rencontre de féministes d’Amérique latine et des Caraïbes tenue en 1999, en République dominicaine. Ces idées sont restées en vigueur jusqu’aujourd’hui dans l'action des jeunes féministes:
Le Féminisme est défini par sa praxis et sa force;

  • On observe, dans le mouvement, un manque d’ouverture et de stratégies favorisant l’entrée de nouvelles activistes;
  • Le mouvement se caractérise par une hiérarchie qui exclut d’autres femmes « invisibles »;
  • La vision centrée sur l’adulte (« adultocentrismo ») implique un rapport de forces dans lequel les jeunes se trouvent dans une situation de subordination;
  • Il existe une division du travail selon laquelle certaines féministes rédigent, pensent et prennent la parole, alors que d’autres font des photocopies, distribuent des tracts et formatent des textes. Ce modèle ressemble aux pratiques patriarcales en matière de politique qui se traduisent par l’établissement de hiérarchies.

Au niveau du discours, les féministes reconnaissent toutefois les luttes des générations antérieures. Mais la génération actuelle vit dans un monde différent, caractérisé par la mondialisation, le néolibéralisme, le progrès technologique et les nouvelles technologies, éléments que les féministes doivent incorporer à leur combat à partir de l’expérience des jeunes activistes.

Dès les débuts de la construction du féminisme en Amérique latine, de jeunes brésiliens ont formé des groupes pour aborder le thème du féminisme d'un point de vue générationnel. L’intention était de créer des espaces qui serviraient à l'échange d'expériences et des compétences en matière de théories et de pratiques féministes.

Il est important de signaler que, dans les années 80 et 90, le Brésil et l’Amérique latine ont assisté à un changement en termes d’action et d’organisation du mouvement féministe, ainsi que sur le plan socioculturel et politique latino-américain. De nombreux groupes de jeunes femmes se sont formés dans les années 90 au sein des ONG, des universités, des partis politiques, dans le domaine culturel, etc. Ce n’est toutefois qu’au début des années 2000 que l’identité des jeunes féministes a commencé à s’affirmer sur le plan de l’activisme pratique.

Durant cette même période, plusieurs groupes de jeunes féministes indépendantes se sont manifestés dans tout le pays, par exemple: à Sao Paulo (les Jeunes Féministes de Sao Paulo), Minas Gerais (Femmes noires et Jeunes pour des idées nouvelles), Pernambuco (Collectif féministe pour la jeunesse de Pernambuco), Paraiba (Jeunes féministes de Paraiba), et Ceara (le Collectif féministe pour les jeunes de Ceara).
Les groupes de jeunes féministes formés en 2000 ne se sont pas bornés aux réunions ou simples échanges d’idées entre jeunes femmes. Celles-ci ont également fait part de leurs revendications. Les jeunes femmes abordent le féminisme à partir de leur expérience et sur la base de la construction d’une identité politique indépendante. Elles ont commencé par remettre en question la place qu’elles occupent au sein du mouvement féministe et par souligner l’importance de l’autonomie et de l’indépendance intellectuelle. Les jeunes femmes ont donc organisé des actions, des séminaires, des réunions, des activités et ont commencé à produire des connaissances.

La création du groupe Jeunes Féministes de Sao Paulo, en 2003, répond à la nécessité de jeunes femmes qui se rencontraient au sein de l’Union des femmes de Sao Paulo. L’intention était de créer un collectif qui reflète les spécificités et les revendications des jeunes. Cette initiative a contribué à l’émergence d’autres groupes de jeunes féministes au Brésil. Les discussions principales ont été centrées sur l'idée d'une identité claire des jeunes féministes dans le paysage politique brésilien ainsi que dans les espaces du mouvement féministe.

La première chose à faire a été de mettre au point des pensées, des actions et des méthodologies de travail pour les jeunes femmes. L’incorporation au mouvement féministe n'a pas été facile au début. Le fait que les jeunes activistes se réclament du féminisme n’était pas vu d’un bon œil. Les discussions des groupes de jeunes féministes ne se basent pas sur le féminisme égalitaire, ni sur le concept selon lequel il existe une femme universelle représentant toutes les femmes. Elles estiment au contraire que le concept de femme doit être reformulé à chaque époque, dans chaque groupe et dans chaque espace et que c'est précisément la diversité qui enrichit la pratique et l'action. Pour nous, il est important de réfléchir à la variété et à la différence entre les féministes et leurs projets de transformation sociale car la diversité permet de particulariser les combats et de forger des alliances entre les différents groupes.

AWID: De toute évidence, les jeunes féministes sont très actives en Amérique latine.
Quelle est, selon vous, la raison de cet activisme et comment s'est-il développé?
AA: Je pense que la solidité de l’activisme des jeunes féministes en Amérique latine est due au fait que nous travaillons dans la diversité et que nous remettons en question la logique même de la hiérarchie qui s’est installée au sein du mouvement féministe. Notre action se fonde sur le concept selon lequel tous les jeunes -hommes et femmes- sont sujets de droits et maîtres de leurs propres idées.

La diversité enrichit le féminisme et, pour les jeunes, il est important d'inclure le féminisme dans leurs projets de transformation sociale. Mais ceci passe par un dialogue sincère, ouvert et respectueux des différentes identités. Pour les jeunes féministes, un tel dialogue implique qu’il faut rompre avec toute instance dans laquelle l'égalité se limite au discours et qui n'existe que sur la base de l'égalité, et qui refuse tout dialogue avec d'autres identités ou avec ceux ou celles qui posent des questions. Nous nous écartons du féminisme régi par des vérités absolues pour construire de nouvelles connaissances et de nouvelles relations féministes.

Notre organisation, les Jeunes Féministes de Sao Paulo, estime que la fermeté du féminisme des jeunes femmes en Amérique latine est due au fait que le mouvement propose une action basée sur les idées suivantes:

  • Promouvoir le dialogue et le débat entre générations;
  • S’éloigner de la spécificité au sein du féminisme, élaborer des théories et travailler conjointement avec les jeunes féministes;
  • Ecrire notre propre histoire et montrer notre manière d’établir des interactions avec les autres;
  • Promouvoir un dialogue entre jeunes hommes et femmes sur le féminisme, la masculinité, la santé et la sexualité;
  • Organiser des débats sur le féminisme et les identités coresponsables, et promouvoir un dialogue entre ces identités;
  • Méditer sur nos utopies, plutôt que se limiter à répondre à de vieilles questions avec de nouvelles réponses. Qui sait? Peut-être pouvons-nous poser de nouvelles questions pour lesquelles il n’existe pas encore de réponse!

Les groupes que nous considérons représentatifs de cette solidité sont notamment:

  • Jeunes Féministes de SP -Brésil
  • Elige - Mexique
  • Las Ramonas – Paraguay
  • REDLAC – AL
  • Coordination de Jeunes Femmes, oeuvrant en Amérique latine et dans les Caraïbes pour les droits humains et la citoyenneté (AMJ)
  • Femmes noires et Jeunes pour des idées nouvelles - Brésil
  • Collectif féministe pour la Jeunesse de Pernambuco - Brésil
  • Jeunes Féministes de Paraiba - Brésil
  • Collectif féministe pour la Jeunesse – Brésil
  • Incide Joven – Guatemala
  • Mizangas – Uruguay
  • Coordination de Jeunes - Chili
  • Coordination de Jeunes - Equateur


AWID: Quelles sont les réalités des jeunes femmes en Amérique latine – et les nécessités des mouvements de jeunes féministes ?

AA: C’est une question complexe et difficile à répondre. Je crois que nous pouvons centrer notre attention sur deux points:

  1. Quel est le contexte des jeunes femmes dans la région de l’Amérique latine
  2. Quelles sont les nécessités du mouvement des jeunes féministes

Dans ce contexte, je crois que nous pouvons souligner les violations des droits humains de beaucoup de jeunes femmes. Dans beaucoup de pays, l’avortement est considéré comme un acte criminel, ce qui touche directement les jeunes femmes. Les fondamentalismes progressent de façon manifeste dans de nombreuses parties de la région. Par exemple, au Brésil, plus de 42 projets de lois relatifs à l’avortement ont été soumis au parlement, dont 31 visent à considérer l’avortement comme un délit. La loi actuellement en vigueur au Brésil garantit l’avortement en cas de viol ou lorsque la vie de la femme enceinte est en danger; plusieurs projets de loi présentés actuellement au congrès visent à interdire tout simplement l’avortement, même dans ces cas-là.

A l’heure actuelle, nul n’ignore au Brésil que les premières victimes d’avortements réalisés dans de mauvaises conditions sont avant tout des jeunes femmes noires et pauvres. La vague fondamentaliste qui a touché le pays et ensuite toute l’Amérique latine implique donc une régression pour toutes les jeunes femmes de la région.

Par ailleurs, nous devons également souligner le problème de la violence à l’égard des femmes, en particulier de la violence sexuelle qui nous touche directement. D’autres problèmes sont l’accès à l’emploi, l’éducation, le combat pour une vie sans violence, etc.
En ce qui concerne les besoins du mouvement des jeunes féministes, nous pouvons dire que les principales difficultés sont les suivantes: comment intervenir sur la scène politique ; comment obtenir des ressources financières pour des projets visant, par exemple, à renforcer l’autonomie des jeunes, et comment mettre en œuvre les interventions.

Il faut également remanier les espaces du mouvement et faire en sorte qu’ils soient moins « centrés sur les adultes ». Il est important que les jeunes féministes entament un dialogue avec différents mouvements, notamment dans le contexte d’un rapprochement avec le mouvement de jeunes.
Pour conclure, j’estime que l’affirmation de l’identité des jeunes féministes a été associée au processus d’autonomisation du mouvement des jeunes. On a observé, dans les années 90 et 2000, l’émergence concomitante de groupes de jeunes féministes et de groupes de jeunes qui ont abordé le thème des politiques publiques des/pour/avec les jeunes. Ceci marque la différence pour l’organisation et la mobilisation de jeunes féministes.

Les politiques publiques basées sur et s’adressant aux jeunes constituent un thème complexe, pour autant qu’elles jettent les bases de nouveaux paramètres qui impliquent une reconfiguration des rôles de l’état et de la société. Dans le contexte du féminisme et des jeunes féministes, les jeunes femmes introduisent dans les politiques publiques destinées aux jeunes des thèmes encore peu habituels dans ce type d’espace, à savoir la santé et la sexualité, l’inégalité entre les sexes, et les droits sexuels et reproductifs, qui sont associés au mouvement féministe, aux mouvements des noirs, des droits humains et des droits sexuels et reproductifs. Elles font connaître à ce niveau des positions relatives au féminisme des jeunes et aux thèmes chers au féminisme. Notre voie se situe donc au croisement entre le féminisme et la jeunesse dans notre quête de transformation sociale.

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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