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Femmes Handicapées : « Rien Qui Nous Concerne Sans Notre Participation ! »

DOSSIER DU VENDREDI: À l’occasion de la journée internationale des personnes handicapées, l’AWID revient sur les batailles et les victoires en faveur de l’indivisibilité des droits.

Par Lejla Medanhodzic

Les droits des personnes handicapées sont des droits humains

À l’occasion de l’Institut Genre, Handicap et Développement (Gender, Disability and Development Institute, GDDI) récemment organisé par Mobility International USA (MIUSA), Judy Heumann [1] a rappelé aux participants, venus du monde entier, les évènements survenus en 1977. En avril 1977, des manifestations ont été organisées dans tous les États-Unis en vue faire voter les réglementations de la section 504 de la loi sur la réhabilitation de 1973. La section 504 a été élaborée suivant le modèle de la législation et des lois américaines relatives aux droits civils qui protègent les femmes et les minorités et interdisent la discrimination fondée sur le handicap par les bénéficiaires de fonds fédéraux [2]. Ces manifestations marquent de manière publique le début du mouvement des droits des personnes handicapées et aujourd’hui, la section 504 est amplement reconnue comme la première loi relative aux droits civils des personnes handicapées.

Outre le précédent législatif établi par la section 504, ce succès est notable pour une autre raison : il est le fruit non seulement de la solidarité entre les activistes des droits des personnes handicapées, mais également de l’appui des médias, des syndicats, des groupes religieux, des travailleurs agricoles, des fonctionnaires gouvernementaux, des parlementaires et des politiciens locaux. À l’occasion d’une audience spéciale du Congrès convoqué en réponse à un sit-in réalisé par des activistes des droits des personnes handicapées, un porte-parole éminent [3] a signalé : « Ce type de questions, telles que la question des droits civils, des droits humains, ne sont pas des questions sur lesquelles les personnes handicapées peuvent continuer de transiger ». [4] La section 504 signifie droits humains pour tous.

La réalité des femmes handicapées aujourd’hui

Depuis lors, de grands progrès ont été accomplis en matière de droits des personnes handicapées. Les pays du monde entier ont adopté des lois et des politiques, profondément intégrées dans les constitutions, des déclarations de droits ou des décrets spécifiques qui protègent les droits et garantissent l’égalité des chances pour les personnes handicapées. Pour ne citer que quelques exemples : la loi canadienne sur les droits de la personne (1977), qui vise à garantir la non-discrimination au sein de la juridiction fédérale ; la Charte fondamentale des personnes handicapées (1992) aux Philippines ; le Décret relatif aux Nigérians atteints d’incapacité (1993) ; la Constitution sud-africaine (en vigueur depuis 1997) qui interdit toute discrimination, y compris la discrimination fondée sur le handicap ; et la Loi Nº (4) relative aux droits des personnes handicapées en Palestine (1999) qui établit les droits des personnes handicapées ainsi que les obligations de l’État de garantir la réalisation de ces droits.

Cependant, dans les pays susmentionnés ainsi que dans de nombreux endroits du monde, les personnes handicapées demeurent confrontées à l’exclusion, à la discrimination, au harcèlement, à la ségrégation et au manque d’équité, du fait de l’application défaillante des lois existantes, de la stigmatisation et des obstacles institutionnels et sociaux, qui incluent et sont également une conséquence de certains comportements vis-à-vis des personnes handicapées.

D’après les statistiques du programme Enable des Nations Unies, 10% de la population mondiale, soit 650 millions de personnes, sont handicapées. Ce groupe constitue ainsi la minorité la plus nombreuse du monde [5]. D’autre part, à l’échelon mondial, les trois quarts des personnes handicapées des pays à revenus faibles et moyens sont des femmes, et entre 65% et 70% de ces femmes vivent dans des zones rurales [6].

Les niveaux de pauvreté parmi les femmes handicapées sont plus élevés que chez les hommes handicapés ou les femmes valides, et les femmes handicapées sont plus défavorisées en matière d’éducation, d’emploi et de santé, et sont plus propices à être confrontées à la violence fondée sur le sexe que leurs homologues valides [7]. Cette situation est due, dans une large mesure, à la discrimination des femmes handicapées fondée tant sur leur sexe que sur leur handicap.

Compte tenu des différences considérables en ce qui concerne la manière dont le handicap est vécu et l’interprétation des droits des personnes handicapées, les activistes des droits des femmes ont résolument appuyé le modèle social du handicap, qui fait une distinction entre déficience et handicap. D’après ce cadre, la déficience est une condition biologique, alors que les obstacles institutionnels, économiques, culturels et religieux produisent le handicap. Il en ressort que le handicap peut être abordé par le biais de l’élimination des obstacles à un accès égalitaire aux opportunités et aux ressources et réparé par le biais des lois et des politiques publiques, y compris celles relatives à l’éducation, à la santé et à l’emploi. Le modèle social du handicap va à l’encontre du modèle médical traditionnel qui considère que les personnes handicapées souffrent d’une déficience et ont besoin d’être « réparées ».

De même, d’un point de vue historique, la législation relative à l’égalité au profit des personnes handicapées s’est centrée sur la nécessité de surmonter les obstacles à l’accès physique, mais les activistes des droits soulignent également que les changements de politiques en matière de comportements culturels et sociaux sont tout aussi importants. Le fait de percevoir les personnes handicapées comme des individus ayant des projets et toutes sortes d’aspirations et d’expériences humaines constitue un aspect décisif de ce changement.

Par exemple, dans divers contextes culturels dans lesquels l’identité des femmes est étroitement liée à leur rôle d’épouse et de mère, les femmes handicapées sont considérées non aptes au mariage et à la maternité. Il s’agit de sociétés qui assument que ces femmes n’ont pas besoin de soins de santé reproductive et qu’elles n’ont pas de désir sexuel, hétéro ou homosexuel, et par conséquent qu’elles n’ont pas besoin de droits sexuels. En conséquence, leurs familles et les institutions éducatives et de santé les privent de leur capacité d’agir dans ces aspects et d’autres de leurs vies. Dans ces contextes, les approches du handicap sont généralement fondées sur la charité, et les personnes handicapées font souvent l’objet de la pitié des gens et sont parfois traitées comme des enfants. [8]

Perspectives du GDDI

À l’occasion du GDDI, les femmes handicapées ont fermement exprimé leur souhait de ne pas être perçues comme des personnes incapables, ou moins capables de s’engager dans la société que d’autres personnes valides. Elles ont également signalé qu’elles ne sont pas un groupe à part et ont demandé à être incluses dans d’autres mouvements sociaux (y compris les mouvements des droits des femmes) en qualité de leaders, d’acteurs et de décideurs à part entière, ce qui reste une situation rare. Par exemple, une activiste a signalé que de nombreuses femmes handicapées sont exclues du mouvement général des droits des femmes en Inde, qui tend également à exclure certains groupes tels que les travailleurs sexuels et les personnes transgenres. Une autre activiste a expliqué que les femmes handicapées sont marginalisées au sein du mouvement des droits des personnes handicapées du Botswana, qui est principalement dirigé par des hommes.

Mais comment parvenir à l’égalité et à l’inclusion ? De quelles manières pouvons-nous fournir un meilleur accès aux ressources ? Comment travailler en collaboration avec différents acteurs politiques et sociaux (organisations de la société civile, fondations, universités) en vue de faire participer les femmes handicapées et de renforcer leur voix lorsqu’elles demandent aux gouvernements et à d’autres institutions d’élaborer et de faire appliquer les lois existantes relatives aux droits des personnes handicapées ? Et, enfin, la question posée par Heumann aux participants au GDDI : Que faire si le handicap ne fait pas partie de l’agenda mondial du développement ?

Les progrès à venir

Les activistes et les organisations travaillent actuellement en vue de répondre à ces questions. Par exemple, la Youth Association of Blind au Liban œuvre en faveur de l’intégration du handicap et de l’inclusion des personnes souffrant de troubles à la vue à tous les niveaux de la société. D’après Nagata, « ces jeunes femmes assertives qui ont un handicap estiment que le mouvement des femmes du Liban et le mouvement des handicapés ont tous deux gagné en augmentant leur visibilité et leur autonomisation grâce à la constitution de réseaux et d’alliances entre les secteurs, et en surmontant les différences politiques ». [9]

De même, la Lebanese Sitting Handicapped Association a commencé à promouvoir l’idée selon laquelle « le handicap n’est pas un problème en lui-même » sinon une construction sociale lorsque la société « ne peut pas intégrer les personnes handicapées au sein de ses structures et de ses institutions ». [10] En Australie et dans la région du Pacifique, l’organisation People With Disability Australia Incorporated (PWD) œuvre en vue de garantir l’inclusion des femmes handicapées au sein de la région, par le biais de l’incorporation des personnes handicapées autochtones et des îles du détroit de Torres, ainsi que d’autres organisations du Pacifique afin de « développer une organisation régionale des personnes handicapées du Pacifique (le Forum du handicap du Pacifique, Pacific Disability Forum, ou PDF) ». [11]

En Inde, le travail mené par CREA est à l’intersection de différents droits, avec l’organisation d’un institut annuel consacré à la sexualité, au genre et aux droits, qui s’intéresse également à la sexualité et au handicap. En Palestine, la Stars of Hope Society se consacre au changement systémique au profit des femmes handicapées et pour ce faire « à tous les niveaux du gouvernement en vue de promouvoir la prise en compte des besoins et des questions liées aux femmes handicapées dans les politiques et la législation ». La Stars of Hope Society collabore également avec des organisations internationales (telles que Handicap International) en matière de sensibilisation (par le biais d’ateliers et de formations) et avec des organisations transversales en Palestine afin de garantir que celles-ci travaillent en vue d’éliminer la discrimination à l’égard des femmes handicapées. [12]

1977 et 2010

Depuis les manifestations survenues en 1977, les 23 années de travail et de lutte en vue de faire reconnaître les droits des personnes handicapées comme indivisibles des droits humains et d’inclure les questions et les perspectives des personnes handicapées dans d’autres mouvements sociaux ont permis de remporter de très grands succès. Cependant, il reste encore beaucoup à faire en matière de sensibilisation sur ce que l’accès et l’inclusion signifient, et sur la manière d’y parvenir grâce et pour les personnes handicapées. Y parvenir, comme l’a démontrée l’adoption des 504 réglementations, exige un effort collectif et un engagement permanent vis-à-vis de l’indivisibilité des droits humains.

Note : L’auteure souhaite remercier Shatha Abusrour pour sa contribution et le matériel relatif aux femmes handicapées qu’elle lui a fourni, ainsi que WILD Women 2010 (de l’Institut GDDI de MIUSA) pour avoir bien voulu partager avecl’AWIDleurs expériences.

Références:

[1] Conseiller spécial auprès du Département d’État américain chargé des droits internationaux des personnes handicapées, http://www.state.gov/r/pa/ei/biog/144458.htm

[2] http://www.ok.gov/abletech/documents/Section%20504%20of%20the%20Rehab%20Act.pdf

[3] Ed Roberts (1939-1995), l’un des leaders du mouvement des droits des personnes handicapées.

[4] Power of 504 Documentaire, Partie 2. http://www.youtube.com/watch?v=HiScXKt_BhI&feature=channel

[5] UN Enable, http://www.un.org/disabilities/default.asp?id=18

[6] US AID, http://www.usaid.gov/our_work/cross-cutting_programs/wid/gender/wwd_statistics.html

[7] US AID, http://www.usaid.gov/our_work/cross-cutting_programs/wid/gender/wwd_statistics.html

[8] Abou-Habib, Lina. ''Women and disability don't mix!': Double discrimination and disabled women's rights’ , dans Gender & Development, Volume 3, Issue 2, 1995. http://www.informaworld.com/smpp/content~db=all?content=10.1080/741921809

[9] Nagata, Kozue Kay. Gender and Disability in the Arab Region: The Challenges in the New Millennium. Dans Asia Pacific Disability Rehabilitation Journal (2003). http://www.aifo.it/english/resources/online/apdrj/apdrj103/arab-region.pdf

[10] Oxfam, Developing Rights: Teaching Rights and Responsibilities for ages 11-14. 2004.

[11] Sands, Therese. A voice of our own: advocacy by women with disability in Australia and the Pacific. Dans Gender & Development, Volume 13, Issue 3, 2005. http://www.informaworld.com/smpp/content~db=all~content=a744079028~frm=titlelink

[12] Stars of Hope Society, http://starsofhope.org/

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Note: Cet article fait partie de la série hebdomadaire des « Dossier de Vendredi (Friday File en anglais) », de l’AWID qui explore des thèmes et évènements importants à partir de la perspective des droits des femmes. Si vous souhaitez recevoir la lettre d’information hebdomadaire « Dossier du Vendredi », cliquez ici.

Cet article a été traduit de l’anglais par Monique Zachary.

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID

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