Danger Et Détermination En Papouasie Nouvelle-Guinée
KWP Founders Agnes Sil, Mary Kini and Angela Apa
Photo credit: Fiji Times
DOSSIER DU VENDREDI: Les femmes de la province de Simbu en Papouasie-Nouvelle-Guinée luttent pour mettre fin à la violence endémique et invoquent les droits humains pour que les auteurs de cette violence soient traduits en justice.
Par Masum Momaya
Violence endémique en Papouasie-Nouvelle-Guinée
Plusieurs pays, récemment touchés par des catastrophes naturelles, ont fait les grands titres de la presse et l'objet de gestes de solidarité; par contre, ceux qui connaissent une violence ou des conflits permanents ou intermittents tombent souvent aux oubliettes et le public ignore ou s'accoutume à leur situation. Tel est le cas de la Papouasie Nouvelle Guinée, pays du Pacifique de 7 millions d'habitants qui connaît des conflits tribaux [1] depuis des décennies, exacerbés par l'arrivée d'armes et de matériels sophistiqués. Le gouvernement et les forces de police de ce pays ont jusqu'ici été incapables de garantir la sécurité des habitants.
La violence entre tribus en Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) est endémique et porte sur les terres, les ressources naturelles, les femmes, les croyances religieuses ainsi que sur les insultes perçues ou réelles. La plupart des sociétés traditionnelles se situent dans des zones rurales car 18 % seulement de la population de la PNG habite les villes principales. Il existe au moins 850 sociétés tribales dans le pays qui vivent pauvrement de la terre. A certains endroits, le chômage atteint 80 %. L'exploitation minière produit également des revenus et les droits sur la production minière sont souvent l'objet de conflits.
En avril 2009, un conflit opposant 13 tribus qui revendiquaient une carrière de gravier sablonneux a mis fin à une période de neuf ans de paix dans les hauts plateaux de la province de Simbu en PNG. Durant ces neuf années, de grandes quantités d'armes ont été importées dans la région ce qui explique que cette dernière poussée de violence ait été plus mortelle que jamais. Les efforts tenaces pour maintenir la paix moyennant la construction d'infrastructures, la création d'emplois et l'établissement de relations entre les tribus ont été gommés en quelques mois par le pillage et la destruction.
La paix promue par les femmes se désagrège
L'avocate des droits des femmes, Mary Kini, originaire de la vallée de Simbu, travaille de façon solidaire depuis 1999 avec des femmes d'autres tribus de la province dans le cadre d'un mouvement appelé Kup Women for Peace (KWP) dans le but de Downim heavy belong all mama (atténuer la peine des mères). Kini et d'autres femmes de tribus « ennemies » à Kup, sous-district de 18 000 personnes dans la province de Simbu, courent le risque d’être assassinées pour le fait de collaborer, ce qui est interdit aux personnes appartenant aux tribus en conflit, pour tenter de mettre fin aux cycles de violence et de garantir des élections libres, justes et pacifiques dans plusieurs zones de la province.
Avec le soutien de femmes de l'ensemble du sous-district de Kup, Kini et ses collègues ont travaillé à une paix sans précédent entre les tribus jusqu'en avril 2009 lorsqu’un jeune homme appartenant à une tribu s’est rendu dans une carrière de gravier sablonneux réclamée par une autre tribu, geste qui a mis le feu aux poudres.
Selon la Women Human Rights Defenders International Coalition (Coalition internationale des défendeurs des droits humains des femmes), « l'action menée par ces femmes [du KWP] en a fait des cibles d'agressions. Il est question de plusieurs personnes assassinées, des centaines de maisons entièrement brûlées, de potagers et de cafetiers détruits, d’extermination de porcs, de la destruction du centre du KWP, d’écoles et de dispensaires dans une région de plus en plus armée. La plupart des gens se sont enfuis et vivent actuellement dans des tentes et des refuges temporaires dans les montagnes ou sur les rives de la rivière Wahgi. »
Le gouvernement fédéral a déclaré depuis longtemps la région de Kup comme zone de combat. Les forces de police se sont rendues de façon intermittente dans la province mais sans procéder à aucune arrestation et sans mettre un frein à la violence.
Kini, qui s'est récemment entretenue avec l’AWID au moment où elle cherchait de l'aide et des ressources à Port Moresby (capitale de la PNG), a signalé que beaucoup de femmes ont été violées et que d'autres ont été assassinées sur le champ de bataille alors qu'elles étaient à la recherche de nourriture pour leurs familles. Les femmes et les jeunes filles sont considérées comme des trophées de guerre, souvent par vengeance, par provocation et pour déshonorer l'ennemi.
Les viols et les assassinats de femmes durant le conflit s'inscrivent dans le cadre de la violence coutumière faite aux femmes qui constitue un autre problème endémique dans la province. Oxfam Nouvelle-Zélande a dénoncé que les femmes sont aussi souvent la cible d’une chasse aux sorcières et accusées de sorcellerie en cas de maladie ou de décès d'une personne et font l'objet de tortures. La violence domestique est également la règle et elle est souvent considérée comme normale pour autant que l’épouse a été « achetée », renforçant donc l’idée que les femmes "appartiennent" à leurs maris.
Mécanismes pour faire justice
À l’heure actuelle, malgré un léger recul de la violence durant ces deux derniers mois, des groupes armés sèment encore la terreur parmi les habitants dont beaucoup ont quitté la région en quête de sécurité. Les écoles et les hôpitaux sont fermés et les blessés sont donc à la dérive.
Kini et ses collègues du KWP travaillent, en collaboration avec leurs partenaires d'Oxfam international, du Fiji Women’s Crisis Centre (Centre de crise des femmes de Fidji) et du PNUD, de même qu'avec la seule femme membre du Parlement de la PNG, Dame Carol Kidu, afin de réunir et d'invoquer les mécanismes juridiques relatifs aux droits humains ainsi que la résolution 1325 des Nations Unies pour traduire les coupables en justice. Elle explique que les combats entre tribus se sont tellement banalisés que les gens pensent qu'ils constituent une manière acceptable de résoudre des conflits. En outre, les coupables d'assassinats, de viols, de dommages à la propriété, de pillages de nourriture, de problèmes économiques, des déplacements et de la perte de logements ne recevant aucune sanction, ils n'hésitent pas à récidiver.
La sœur de Kini au KWP, Agnès Sil, demande qu'une enquête soit ouverte pour déterminer pourquoi les forces de police n'ont arrêté personne pour les crimes commis. Elle explique que la police a souvent des rapports avec les coupables et s'abstient souvent de toute intervention même en présence d'atrocités. Elle ajoute : « un policier est souvent le beau-frère ou le cousin par mariage de quelqu'un ». « Lorsque que la police n'intervient pas, les gens font eux-mêmes justice. » Elle précise également que les chefs des tribus n'assument pas leurs responsabilités car, dit-elle, « ils sont censés comprendre et expliquer à leurs peuples certains problèmes comme la propriété des carrières de gravier au lieu de les pousser à la violence. »
Kini explique également que la plupart des dirigeants du gouvernement national, y compris les ministres et les parlementaires, ne font rien pour résoudre cette situation et ne représentent pas les gens qui les ont élus ou nommés, et ne leur prêtent non plus aucune aide. Elle ajoute : « ils ont énormément de pouvoir, exercent le contrôle comme ils le veulent et ne rendent de comptes à personne. »
Oxfam Nouvelle-Zélande apporte actuellement un soutien aux femmes du KWP afin qu'elles puissent transférer leurs opérations dans la ville voisine de Kerowagi où elles pourront offrir des services aux femmes victimes du conflit et de la violence. Elles ont toutefois besoin d'un financement immédiat pour permettre au personnel et aux bénévoles de payer les frais d'inscription scolaire et de trouver de la nourriture et des refuges tant qu’elles ne pourront pas retourner chez elles. Le KWP travaille également avec Oxfam pour mener une analyse coûts - avantages de la violence et pour convoquer une conférence permettant de réunir des défenseurs des droits humains de toute la PNG et des pays voisins.
Pour voir comment vous pouvez soutenir Kup Women for Peace, veuillez cliquer ici.
Pour en savoir plus sur le trafic d'armes qui exacerbe les conflits et met les femmes en péril, veuillez cliquer ici.
L'auteure souhaite remercier Tara Chetty de la Women Human Rights Defenders International Coalition, Edwina Kotoisuva du Fiji Women’s Crisis Centre et Naeemah Khan du Fiji Women’s Rights Movement du soutien apporté à la rédaction de cet article.
Note de bas de page :
[1] Les termes « tribu » et « tribal » ont été utilisés en anglais par les membres de Kup Women for Peace durant leur entrevue avec l'auteure; c'est pourquoi ils ont été repris dans cet article. Pour en savoir plus sur la problématique posée par l'utilisation des termes « tribu » et « tribal » dans les rapports, veuillez consulter les analyses du Committee of Concerned Journalists et de Fairness & Accuracy in Reporting.
Note: Cet article fait partie de la série hebdomadaire des « Dossier de Vendredi (Friday File en anglais) », de l’AWID qui explore des thèmes et évènements importants à partir de la perspective des droits des femmes. Si vous souhaitez recevoir la lettre d’information hebdomadaire « Dossier du Vendredi », cliquez ici.
Cet article a été traduit de l'anglais par Monique Zachary.



