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Nous Avons Perdu Notre Temps En Revendiquant Pour Que Les Femmes Accèdent Aux Postes De Prise De Décision. Elles N’ont Pas Fait La Difference

Nous avons perdu notre temps en revendiquant pour que les femmes accèdent aux postes de prise de décision. Elles n’ont pas fait la difference

Le forum a accueilli de multiples sessions en groupes restreints qui ont permis de créer des débats et des discussions plus concentrés sur un vaste choix de problèmes concernant les droits des femmes et la construction de mouvements dans le monde aujourd’hui.

La section présente une sélection des transcriptions abrégées et mises de la session Nous avons perdu notre temps en revendiquant pour que les femmes accèdent aux postes de prise de décision. Elles n’ont pas fait la difference.

Organisé par: Bisi Adeleye-Fayemi, African Women's Development Fund (AWDF)

Présentatrices: Bisi Adeleye-Fayemi, Thelma Ekiyor, Isatou Touray, Rose Mensah Kutin, Njoki Ndugu, Margaret Dongo et Kafui Adjamagbo-Johnson

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Bisi Adeleye-Fayemi (Animatrice) : Avant que nous présentions la motion, qui se lit comme suit : « Nous avons perdu notre temps en revendiquant pour que les femmes accèdent aux postes de prise de décision. Elles n’ont pas fait la différence. », nous avons deux équipes, qui en débattront, l’une pour la motion, l’autre contre.

Le mouvement des femmes africaines compte de nombreuses réussites. Plusieurs de nos investissements sur le plan de l’engagement auprès des structures étatiques et des structures indépendantes ont, dans une certaine mesure, porté fruit. Par exemple, aujourd’hui, nous pouvons nous vanter de compter plus de femmes que jamais au parlement. Le Rwanda a brisé des records mondiaux sur le plan du nombre de femmes au Parlement, soit plus de 50 %. C’est une femme qui préside le Parlement panafricain, récemment mis sur pied. Et il y a trois ans, nous avons été ravies d’élire démocratiquement la première femme présidente en Afrique, Ellen Johnson-Sirleaf. Alors, nous avons coché quelques éléments sur notre liste de choses à faire, sur le plan des réussites.

Mais, parfois, nous avons reçu des plaintes et des griefs, très longs, à propos de certaines des femmes qui occupent des postes de prise de décision, qui y sont grâce à la sueur de nos fronts – notre recherche, notre activisme et notre travail – et qui n’ont pas répondu à nos attentes. Voilà pourquoi ces soeurs qui se sentent lésées ont mis de l’avant cette motion.

Pour la motion, je voudrais vous présenter l’équipe à ma gauche. Je vais commencer par Solome Nakaweezi-Kimbugwe – levez la main. Solome est une activiste féministe et directrice générale de Akina Mama wa Africa, responsable du fameux African Women’s Leadership Institute (Institut africain de leadership des femmes). À ses côtés, Iheoma Obibi du Nigeria, journaliste, activiste et directrice générale d’Alliances For Africa (Alliances pour l’Afrique). Alliances For Africa a beaucoup travaillé dans certaines parties du Nigeria, pour que des femmes accèdent à des postes décisionnels. Et la dernière, mais non la moindre, à ma gauche immédiate, l’activiste féministe de renom Everjoice Win, actuellement à la tête du programme des droits des femmes d’ActionAid International. Si ce poste n’existe pas, je viens de vous accorder une promotion!

À ma gauche, contre la motion, j’ai la magnifique Thelma Ekiyor, du Nigeria, vivant au Ghana. Chercheure, activiste pour la paix, féministe et experte de la résolution de conflit. Elle est actuellement directrice générale du West Africa Civil Society Institute (Institut pour la société civile de l’Afrique de l’Ouest). À ses côtés, notre Rose Mensah Kutin, or Dr Rose telle qu’elle est connue dans plusieurs régions du Ghana. Économiste, experte des politiques publiques et activiste féministe. Elle est membre fondatrice de NETRIGHT, au Ghana et aussi d’Abantu for Development. À côté de Rose, une autre soeur de grande renommée, dont ont on a évoqué le nom ce matin, Margaret Dongo du Zimbabwe. Margaret est une combattante pour la liberté, une candidate de l’opposition indépendante et une activiste des droits des femmes. Vous êtes toutes les bienvenues

Pour la motion : Merci, madame la présidente. Permettez-moi de commencer en mettant en contexte ce que nous avons fait en matière d’investissement dans la participation des femmes à la politique, parce que sinon, nous serons contestées par celles qui affirment que nous n’avons rien fait. Et quand je dis « nous », je parle de l’ensemble des mouvements de femmes, particulièrement des mouvements féministes. Premièrement, nous avons revendiqué pour que des lois et des politiques soient mises en place. Nous avons facilité l’accès des femmes aux postes de pouvoir. En débutant par les mouvements de suffragettes mondiaux, le droit de vote, les mouvements de droits civils dans plusieurs pays : les activistes féministes y étaient. Les réformes constitutionnelles dans plusieurs de nos pays, les réformes juridiques : ce sont les féministes et les mouvements des femmes qui ont fait le travail. Nous avons maintenant des quotas inscrits dans nos lois constitutives et nos entités régionales comme la SADC (Communauté pour le Développement de l’Afrique Australe), qui a dorénavant une cible de 30 pour cent.

Tout cela est issu de l’investissement et du travail des féministes et des mouvements féministes. Pourtant, il arrive souvent que la première chose que l’on entende des femmes lorsqu’elles accèdent à ces postes soit : « J’y suis arrivée parce que je me suis retroussé les manches. J’y suis arrivée parce que j’ai travaillé très fort et je n’ai rien à voir avec ces femmes. » Voilà l’un de nos plus grands problèmes. Deuxièmement, j’observe que dans plusieurs pays d’Afrique, ce ne sont pas initialement les femmes des partis politiques qui luttaient pour les droits des femmes. C’était en majorité les femmes de la société civile, dans les groupes féministes. Ce n’est que plus tard que les partis politiques s’y sont attardés.

L’autre aspect que nous aimerions faire valoir tient au fait que nous avons investi des millions de dollars, qu’il est impossible de quantifier. Plusieurs de nos organisations de femmes ont recueilli des fonds des donateurs – et vous savez toutes et tous combien il est difficile d’obtenir des fonds. Nous avions des comptes à rendre aux donateurs en retour de cet argent. Et à quoi a servi cet argent? À la formation de ces femmes qui ne connaissaient rien de la gestion d’un bureau. Nous avons investi dans leurs campagnes, imprimant pratiquement leurs tee-shirts, leurs bannières, finançant leurs rassemblements. Nous avons aidé à créer un espace auprès des médias et des opportunités pour ces femmes. Dans certains cas, nous avons payé du temps d’antenne pour elles. Lorsque certaines de ces femmes ont été la cible de violence politique, c’est le mouvement féministe qui leur fournissait l’hébergement, le counselling et le soutien médical.

Mais, qu’avons-nous reçu en retour de tous ces efforts? Elles entrent en poste et la première chose qu’elles font est de désavouer le féminisme et ses valeurs. Deuxièmement, elles désavouent les mouvements de femmes. Elles diront « Je ne suis pas comme celles-là qui sont vraiment épouvantables, qui n’ont pas de maris ». Nous n’avons pas vu de nouveaux systèmes de valeurs qu’auraient créés ces femmes. Dans plusieurs pays d’Afrique, elles sont simplement devenues une partie de la « Kleptocratie ». Elles abusent de leurs postes de pouvoir. Elles n’ont jamais exercé de leadership d’une manière différente. Elles n’ont pas instauré un nouveau cadre selon lequel le leadership devrait être exercé. Je vais arrêter ici pour l’instant.

Animatrice : Je passerai maintenant à l’autre équipe.

Contre la motion : Merci, madame la présidente. Permettez-moi de débuter en disant que peu importe la distance qui sépare les hommes, ils demeurent organisés et ils se soutiennent mutuellement. Voilà pourquoi ils ont conservé le pouvoir. J’ai dit à mes collègues que la politique ressemble à un relais. Il faut savoir comment utiliser le témoin, comment le passer et à qui le passer. Il ne faut pas se faire de reproches les unes aux autres.

En tant que femmes zimbabwéennes, nous avons adopté une loi contre la violence familiale. Historiquement, nous les femmes zimbabwéennes, n’avions pas le droit d’être signataires de nos propres comptes, mais aujourd’hui, les femmes peuvent le faire. Et, en vertu de la loi sur l’indigénisation, les femmes peuvent dorénavant participer librement aux affaires. Tout cela a été réalisé par les femmes de qui vous dites qu’elles n’ont rien fait. Je suis dans le domaine politique depuis 1990 et j’ai été membre du Parlement de 1992 à 2000. Avez-vous déjà frappé à ma porte pour me dire « Ma soeur, tu as participé à la lutte. Tu n’as jamais eu l’occasion de fréquenter l’école. Voici, d’un point de vue éclairé, les questions à faire valoir devant le Parlement»?

Il y a des féministes au Zimbabwe, mais le féminisme a été détruit. Nous nous battons pour le féminisme depuis des années. Mais les gains obtenus se sont aujourd’hui renversés. Pourquoi? Parce que nos rangs ne cessent de diminuer. Nous nous minons les unes les autres. Nous ne nous aidons pas. Nous pensons toujours que nous sommes importantes, à notre manière. Oui, vous avez recueilli des fonds. Alors, je vous le demande, où est cet argent? Lors de la dernière élection, ma collègue Everjoice Win a réalisé que ces femmes avaient besoin de soutien. Elle s’est empressée de trouver quelque chose, un petit geste symbolique, pour les trois femmes qui se présentaient comme indépendantes. Et je l’apprécie.

Aujourd’hui, vous nous adressez des reproches. Mais considérez les changements. Il n’y aurait pas de protocole SADC sans nous. Nous avons créé de l’emploi pour vous les filles, professionnelles. Vous devriez être contentes. Maintenant, vous vivez dans des bureaux climatisés et vous nous regardez de haut. Vous ne reconnaissez pas le travail que nous avons fait, parce que vous vivez dans le luxe. Nous n’avons jamais eu de bureaux luxueux. La violence dont vous parlez, et ce pourquoi vous êtes payées, nous sommes les femmes qui subissons cette violence. La torture dont vous parlez, nous la subissons. Merci, madame la présidente.

Bisi Adeleye-Fayemi (Animatrice) : Maintenant, l’équipe à ma gauche. Qui veut parler?

Pour la motion : Mes soeurs, je crois qu’il est important que nous jetions un regard sur ces femmes qui siègent au parlement et sur ce qu’elles y font. Parce que dans mon propre pays, une femme en particulier s’est rendue à ce poste et elle propose maintenant une loi qui me dictera les vêtements que je devrai porter. Dans d’autres pays, d’autres femmes parlementaires font des choses similaires. Elle ne fait pas ce pourquoi nous l’avons soutenue. Elle ne nous représente pas. Elle est déconcertée. Mais elle est là.

Elle a refusé de participer à de la formation. Vous vous plaignez de ce que vous n’êtes pas invitées à la formation, mais vous ne venez pas. Elle, comme les autres, n’a reçu aucune formation. Les politiciennes comptent sur des allocations quotidiennes considérables. Elles veulent être hébergées dans les hôtels luxueux, elles veulent demeurer au Hilton. Si vous les hébergez au Ritz du Cap, elles ne viendront pas. Mais elles se rendront dans un cinq étoiles. Elles reçoivent de l’argent du gouvernement, elles arrivent avec leurs assistantes personnelles et probablement avec maris et enfants. Alors, dites-moi mes soeurs, comment ont-elles fait la différence dans nos vies? Comment? Dites-le moi! Vous ne pouvez me le dire. Parce que dans mon pays, elles n’ont pas fait la différence.

Contre la motion : Je vais vous dire comment elles ont fait la différence. Parce que grâce à ces femmes, il y a dorénavant au moins 53 fissures dans le plafond de verre qui tenait les femmes à l’écart. Ces mauvaises femmes que vous avez décrites – elles ne correspondent pas à toutes les femmes. Elles correspondent à un système dysfonctionnel, dans lequel nous envoyons ces femmes. Nous avons envoyé des soldates de terre dans des combats qui se passent sous l’eau. Nous devons plutôt envoyer des forces spéciales, des unités marines, des femmes qui peuvent adopter des tactiques subversives qui pourront changer le système. Pour que ces fissures s’ouvrent aux femmes efficaces, pour que les représentantes des voix des femmes soient entendues.

Pour la motion : Mes soeurs présentes dans cette salle, parlons-nous de nombres ou d’impact? Qu’est-ce qui nous importe le plus? D’accord, le système fait défaut. Mais les femmes qui y sont envoyées, la première chose qu’elles font, c’est de s’acoquiner au système. Elles nous désavouent. Elles ne font pas la promotion de notre programme. Lorsque nous parlons des questions liées à notre propre existence – comme la sexualité, comme l’orientation sexuelle, comme l’identité de genre, comme la violence – elles nous disent « Oh, ces féministes sont radicales. Nous ne voulons pas en entendre parler ». Elles nous ferment la porte de leurs bureaux. Au bout du compte, elles n’ont pas ajouté de valeur. Par exemple, dans tous ces pays qui n’ont pas ratifié le protocole sur les droits des femmes en Afrique, la plus vive résistance provient des femmes qui occupent des postes décisionnels, parce qu’elles ne sont pas à l’aise avec l’article sur la santé et les droits relatifs à la sexualité et à la reproduction. En Ouganda, la plus vaste résistance à la loi sur la famille provient des femmes des milieux politiques. La résistance la plus forte aux amendements sur la propriété foncière provient des femmes parce qu’elles ont des terres. Elles ne pensent pas à la majorité des femmes qui n’ont pas de terres. Mon équipe affirme que nous avons perdu notre temps et nos ressources et que nous devons modifier notre stratégie.

Contre la motion : Mes chères soeurs, un voyage de mille kilomètres commence par un seul pas. Et les nombres sont importants. Ils le sont, parce que c’est là que vous pouvez obtenir le type d’impact dont vous parlez. Aujourd’hui, dans toute réunion des chefs d’États en Afrique, vous remarquerez qu’une tête se démarque, celle d’Ellen Johnson-Sirleaf. Voilà la différence que nous évoquons. Nous travaillons pour que plusieurs autres têtes entrent dans les salles de réunions des chefs d’États.

Quand vous invitez les femmes à vos formations, sur quel sujet les formez-vous? Vous les formez à propos de l’apparence, de la manière d’utiliser la coutellerie ou de faire leurs comptes. Premièrement, vous devez leur donner de l’argent. Leur avez-vous donné de l’argent avant tout? Leur avez-vous fourni des outils d’autonomisation? Vous ne soutenez pas ces femmes; vous les regardez de haut. Les espaces qu’elles occupent sont publics et ils vous sont accessibles. Pour ce qui est de l’impact dont vous vous plaignez : nous avons eu un impact. Dans plusieurs de nos pays, nous avons maintenant des lois sur la violence familiale. Cela n’est pas uniquement le fait de la société civile. Nous étions là, debout et votant pour que ces lois soient adoptées. Alors, cet impact se produit. Nous avons des politiques économiques et nous adoptons des lois qui rendent ces politiques économiques réceptives à nos besoins et à nos préoccupations en tant que femmes. Voilà comment nous devons poursuivre le travail, pour faire en sorte que nous augmentions en nombres, parce que les chiffres sont importants.

Bisi Adelye-Fayemi (animatrice) : À l’ordre, à l’ordre, à l’ordre! Bon, vous avez toutes deux avancé des allégations préjudiciables, scandaleuses et diffamatoires l’une envers l’autre. Et certains de ces commentaires ont en fait frappé au-dessous de la ceinture. Alors maintenant, vous avez l’occasion de répondre à ces allégations très graves et incriminantes, de sorte que vous quittiez cette pièce avec des réputations intactes.

Pour la motion : Permettez-moi de répondre à certaines des questions soulevées par nos honorables opposantes. « Un voyage de mille kilomètres commence par un seul pas ». Malheureusement, nous n’avons pas dépassé les 30 centimètres. En fait, nous affirmons au contraire de notre honorable collègue, que nous devons commencer à la base. Nous devons construire et investir dans les fondements. Mais, dans plusieurs pays, plutôt que de voir les fondations accueillir le building prévu, nous retournons dans la jungle. Pourquoi est-ce que je dis cela? Parce que, comme mes collègues l’ont affirmé, certaines des femmes qui sont entrées dans ces espaces ont été les premières à dénigrer les questions féministes soulevées par les femmes.

Quelles sont ces questions? Laissez-moi vous en donner des exemples. Ce sont ces femmes qui s’opposent aux lois qui traitent notamment des femmes vivant avec le VIH. Au Sierra Leone aujourd’hui, on a adopté une loi qui stipule que si vous devenez enceinte, que vous avez le VIH et que votre enfant est infecté, vous irez en prison. Parce que vous avez sciemment infecté votre enfant à naître. C’est un pays où, encore une fois, nous avons lutté pour que les femmes accèdent aux instances politiques. Où sont ces femmes lorsque le Sierra Leone adopte ce type de mesure législative? Pour nous, la question est de connaître les enjeux que les femmes en politique choisissent de défendre – et le mot crucial ici est «choisissent». Nous sommes d’avis que dans plusieurs cas, elles choisissent de ne pas travailler à des questions controversées. Elles choisissent de ne pas ajouter de valeur. C’est pourquoi dans plusieurs pays d’Afrique aujourd’hui, après plusieurs années, vous ne constatez pas de changements positifs entourant la sexualité ou l’avortement. Nous estimons que ces femmes tendent à demeurer dans ce que nous appelons des zones sécuritaires, parce qu’elles ne veulent pas être expulsées de leurs postes à la prochaine élection.

Je veux terminer par quelques commentaires sur la question du contenu de la formation. Mes soeurs, nous pouvons être féministes comme nous le voulons, être progressistes comme nous le souhaitons, mais je connais, tout comme vous, la célèbre expression : « Vous n’aurez jamais une seconde occasion de faire une première impression ». C’est pourquoi l’un des principaux domaines sur lequel se concentre la formation offerte aux femmes lorsqu’elles accèdent aux instances politiques porte sur l’image, parce que l’image est importante. Votre manière de vous asseoir, lorsque vous serez en politique, sera la manière dont vous serez jugées. Vous et moi le savons bien, plusieurs des hommes au pouvoir actuellement ne disent rien. Tout est habit, sans le moine. Ils ont simplement été formés à l’art de la politique et c’est pour cela que nous devons former les femmes à l’art de la politique.

Mais, si vous examinez le contenu des formations, nous allons au-delà de l’apparence et de comment tenir une fourchette. Nous avons formé sur des sujets comme le fonctionnement du système législatif, les questions à soulever, la manière de transiger avec les opposants et les médias. Nous avons investi dans ces femmes, en tant que mouvements féministes. C’est pourquoi nous avons porté certaines de ces femmes vers les espaces internationaux, à nos propres frais, pour faire en sorte qu’elles possèdent ces compétences. Mais encore une fois, qu’avons-nous reçu en retour de ces efforts? Bien peu.

Bisi Adelye-Fayemi (animatrice) : D’accord, cela clôt la question, l’allégation qu’elles ne forment les femmes qu’au sujet de l’apparence. Parce qu’il doit y avoir autre chose qui accompagne le joli maquillage qui ne coule pas sous les feux des médias. Alors, nous comprenons. Je ne tente que d’expliquer les choses! À vous maintenant.

Contre la motion : Ma soeur, vous ne pouvez mesurer un serpent que lorsqu’il n’est pas là. Et il se trouve que je suis dans cette salle. Je suis en fait un cas type. Il y a une question à laquelle vous n’avez jamais répondu. Depuis 1990, vous souvenez-vous, ne serait-ce que d’une journée, où vous avez frappé à ma porte et dit : « Voilà les questions, mes chères collègues, sur lesquelles j’aimerais que vous vous concentriez pendant votre mandat? » Deuxièmement, pouvez-vous affirmer que vous avez investi beaucoup d’argent à préparer les politiciennes? Avez-vous des exemples de femmes qui ont siégé au parlement entre 1990 et 2000 qui ont suivi votre formation?

Contre la motion : Chères honorables opposantes, alors quelle est l’option? Pas de femmes dans la prise de décision? Quand les hommes font des gaffes, nous ne leur disons pas qu’ils ont perdu leur temps. Pourquoi mettons-nous constamment en lumière les erreurs des femmes, plutôt que les progrès? Vous avez parlé des femmes au parlement qui ne font rien. Combien sont-elles? Laissez-moi vous fournir des faits et des chiffres. Au Ghana, on compte 25 femmes sur 230 parlementaires. Ces voix seront toujours silencieuses si nous n’y plaçons pas plus de femmes. Nous devons les faire entrer, pour qu’elles puissent soulever les questions. Nous vivons encore l’euphorie de l’élection américaine. Et nous avons vu deux types de femmes. Hillary Clinton et Sarah Palin. Devrions-nous dire, à cause de Sarah Palin, que les femmes ne devraient plus briguer la vice-présidence? Non. Nous avons besoin de plus de femmes qui peuvent représenter les femmes d’une façon pertinente. Alors, nous n’abandonnerons pas et nous n’avons pas perdu notre temps.

Pour la motion : Ce qui est le plus étonnant, c’est que nous utilisons le même contenu ou le même matériel pour former les femmes au leadership politique, que ceux que nous utilisons chez les femmes de la société civile et du mouvement féministe – et que cela produit différents résultats. Cela signifie que les femmes des milieux politiques sont très problématiques. Nous comptons sur une société civile énergique, nous comptons sur un mouvement énergique. Mais les femmes des milieux politiques, elles en sont le contraire. Même contenu, résultats différents.

La communication est une autre question. C’est un passage à deux voies. Je ne peux communiquer avec vous et vous ne communiquez pas avec moi. Quand vous êtes en poste, ma soeur, vous changez. Vous désavouez le féminisme et vous nous désavouez. Alors, comment communiquer si nous ne sommes pas d’accord sur les principes de la communication?

Un autre enjeu est lié au fait qu’à votre entrée au pouvoir, vous refusez de jouer le rôle de mentor auprès d’autres femmes. Vous occupez l’espace, vous êtes rivées à vos chaises et lorsque nous nous engageons, vous croyez que nous voulons prendre vos places! Une autre question : comment faire confiance à des aveugles qui montrent la voie? Les femmes des milieux politiques sont aveugles aux réalités de leurs électrices. Elles sont aveugles aux réalités de nos luttes. Alors, pourquoi est-ce que nous vous confions toutes ces responsabilités? Je termine ici mon plaidoyer.

Bisi Adelye-Fayemi (animatrice) : Maintenant, je vais inviter les membres qui supportent chacune des équipes à prendre la parole. Nous allons le faire de différentes manières. Vous pouvez attendre que certaines de vos sympathisantes se lèvent et s’expriment spontanément, ou vous pouvez recruter activement certaines personnes que vous croyez en mesure de parler pour votre cause. Quant aux sympathisantes, vous devez être prêtes à vous exprimer, sinon vous n’avez pas votre place en tant que sympathisante et vous nous aurez fait perdre notre temps!

Sympathisante, contre la motion : Bonjour mes soeurs. Nous avons entendu beaucoup de commentaires. Mais je crois que nous oublions une chose : nous n’élisons pas des femmes particulières, pour qu’elles réalisent pour nous des choses particulières. Tout cela tient au pouvoir de l’exemple. Si nous commençons… et que certaines personnes n’opèrent pas selon les attentes, nous savons qu’après plusieurs années, plus de gens viendront, et plus de femmes efficaces entreront au gouvernement. Je crois que nous sommes trop impatientes. Le court terme est devenu notre manière de fonctionner. Nous cherchons des résultats immédiats. Nous ne pouvons pas faire ça.

Également, nous ne devons jamais oublier qu’il s’agit de systèmes qui sont très difficiles pour la plupart des femmes. Solome parlait des femmes qui sont formées au sein du mouvement des femmes et qui sont efficaces, alors que les femmes au gouvernement n’ont pas été efficaces. Ce n’est pas les femmes. Ce n’est pas leur message. C’est le système. Combien de personnes peuvent se tenir debout contre 90 pour cent des hommes au parlement? C’est très difficile. Deuxièmement, nous disons constamment que les femmes sont libres de quitter leurs postes. Si ces femmes quittent leurs postes, quels exemples donnent-elles? Que les femmes ne peuvent même pas se maintenir au pouvoir! Voilà pourquoi plusieurs femmes deviennent très prudentes. Ce n’est pas qu’elles soient timides, c’est plutôt qu’elles doivent demeurer en place pour jouer le jeu.

Bon, il se peut qu’il existe quelques « pommes pourries » parmi les femmes en politique. Mais c’est le mouvement des femmes qui doit les rappeler à l’ordre. Nous ne devrions pas avoir peur de le faire. Nous devrions les rappeler à l’ordre et leur dire « Vous ne nous représentez pas adéquatement et nous nous attendons à davantage de votre part, en tant que membres de notre mouvement ». Mais, en lieu et place, nous les dénigrons, nous les aliénons et nous érigeons un mur si élevé qu’elles ne sont jamais en mesure de le surmonter et de venir vers nous. Alors, voyons les femmes en politique sous l’angle du pouvoir de l’exemple. Et, éventuellement, les parlements devront changer, lorsque nous compterons sur une masse critique. Et c’est ce dont nous avons besoin maintenant, d’une masse critique.

Pour la motion : Je m’exprime à partir de 12 ans d’expérience à tenter de renforcer les capacités des femmes. J’ai voyagé aux quatre coins de l’Ouganda pour renforcer les capacités des femmes qui se joignaient au Parlement. Certaines de ces femmes me regardent et me disent « Merci de m’avoir aidée à me rendre là où je suis ». Mais lorsqu’elles s’y sont rendues, qu’ont-elles fait? Je les appelle pour leur demander un rendez-vous et elles me répondent, « Je dois visiter mes électeurs, je n’ai pas le temps de vous rencontrer ». À chaque début de session parlementaire, nous (le Réseau des femmes de l’Ouganda) organisons une fête pour les femmes qui ont été élues au Parlement, premièrement pour les féliciter et deuxièmement, pour leur remettre notre programme et leur dire : « En tant que femmes, voici nos attentes. Nous vivons des problèmes relatifs aux propriétés foncières, nous avons une constitution sensible aux genres qui n’a pas été mise en oeuvre. S’il-vous-plait, lorsque vous y serez, faites valoir nos enjeux ».

Lorsqu’elles sont entrées en poste, nous avons demandé un rendez-vous et l’une d’entre elles nous a dit : « Je ne suis pas prête à risquer mon avenir politique pour vos questions ‘de femmes’.» Et elle avait suivi mon programme de formation pour se rendre là où elle était! Deuxièmement, nous avons développé des programmes minimaux pour les femmes. Nous avons élaboré toutes sortes de publications à remettre à ces femmes avant qu’elles n’entrent en fonction. Si le milieu ou le système sont problématiques, je n’ai jamais vu l’une des ces femmes le quitter en guise de protestation. Et pourtant, certains hommes ont parfois le courage de quitter, même s’ils y retournent. Mais ces femmes doivent attendre de savoir ce que le président pense de ces questions avant de s’exprimer. Et vous vous attendez à ce que je vous dise qu’elles devraient demeurer en poste? Non! La politique est faite pour les personnes qui prennent des risques et si ces femmes ne sont pas disposées à prendre le risque, laissons-les revenir.

Bisi Adelye-Fayemi (animatrice) : Je vois plusieurs mains levées, mais nous ne pourrons aller luncher si nous continuons ainsi. Je voudrais maintenant demander aux deux équipes de conclure. Je suis certaine que vous avez choisi qui ferait quoi.

Pour la motion : Nous voulons affirmer catégoriquement que notre position énonce que nous avons besoin de féministes en poste de leadership politique. Mais nous devons investir dans le leadership féministe, au-delà des nombres. Pourquoi imposons-nous constamment des normes plus élevées aux femmes? C’est parce que dans plusieurs de nos pays, la barre politique est trop basse. Nous tentons d’élever la barre. Et, en tant que féministes, c’est l’un de nos cris de ralliement. Nous constatons déjà que nos pays sont en crise parce que la barre politique est trop basse. Alors, lorsque nous demandons aux femmes de faire les choses différemment, quand nous demandons aux femmes de mettre de l’avant un nouveau programme, quand nous demandons aux femmes de faire un effort de plus, c’est parce qu’en tant que femmes, nous disons que nous souffrons déjà de ces très mauvais systèmes et de ces barres politiques trop basses et nous demandons à nos soeurs d’élever la barre.

Pourquoi imposons-nous des normes plus élevées aux femmes? C’est parce qu’il s’agit d’espaces et d’occasions pour lesquels nous avons luttés et que nous avons revendiqués en tant que féministes. Voilà pourquoi nous exigeons la reddition de comptes de la part des femmes qui intègrent ces milieux. Nous ne voulons pas que persiste cette culture de non responsabilisation, cette culture d’impunité, cette culture de l’homme fort et seul qui ne rend de comptes à personne. Nous demandons que ces femmes rendent compte parce que certaines d’entre elles sont en fait bénéficiaires des politiques d’action positive qui ont été mises en place parce que le mouvement féministe a exigé que ce soit fait. Dans certains pays, nous avons des sièges réservés pour les soi-disant représentantes des femmes. Lorsque l’on vous nomme représentante des femmes, vous devez représenter les femmes! Ne changez pas d’avis en nous disant « Je représente l’ensemble du pays. Je ne peux défendre qu’un seul sexe. Je rends des comptes à tout le monde ». Qui est « tout le monde? » Alors que vous dites cela, les hommes rendent des comptes à leurs collègues masculins. Pourquoi est-ce si difficile pour les femmes de voir les femmes comme leur base politique?

On a parlé de la difficulté à changer le système. Clairement, en tant que féministes, nous savons combien il est difficile de changer les systèmes. Qu’il s’agisse des systèmes familiaux, des systèmes organisationnels dans les ONG, ou des systèmes parlementaires ou politiques. Nous savons combien il est difficile de les changer. Pourquoi pensez-vous que lorsque vous entrez au parlement ou dans un poste décisionnel, vous pouvez vous retrousser les manches et changer toute seules le système? C’est pour cela que vous avez besoin d’un mouvement derrière vous, parce que ce mouvement vous aidera à changer les systèmes. Vous ne pouvez changer les systèmes que si un pouvoir collectif vous appuie.

Celles d’entre vous qui avez des enfants de l’âge des miens connaissez le film Shrek. Il y a un merveilleux moment dans le film, ou une petite armée d’hommes minuscules est envoyée pour arrêter Shrek. Ils se présentent au marais de Shrek et le major-général soulève une petite feuille et dit : «Nous avons été envoyés par le roi pour vous dire de quitter cet endroit». Ce que le major-général ne réalise pas c’est qu’aussitôt que Shrek est sorti de sa hutte, l’armée entière avait déserté. Shrek réplique «Vous allez m’arrêter? Vous et quelle armée?» Le petit major-général se retourne pour constater que son armée était disparue. Malheureusement, mes soeurs, ce sera la réalité et c’est la réalité, pour plusieurs femmes en politique qui ne rendent pas de comptes.

Contre la motion : Je suis franchement ahurie. Est-ce que Shrek est maintenant un symbole du féminisme? Mes soeurs, qui vous dites féministes, que faites-vous sur les lignes de touche? Pourquoi n’intégrez-vous pas le système pour le changer de l’intérieur? Vous nous traitez avec condescendance. Votre langage ne nous est pas familier. Vous arrivez et vous ne revendiquez même pas l’emploi des langues locales dans nos parlements. Vous arrivez avec votre ton condescendant et vous vous attendez à ce que nous réalisions les changements dont nous avons toutes besoin. Pourquoi ne pas vous engager politiquement, pour renforcer nos voix, en tant que femmes? Nous devons lutter de l’intérieur.

Vos programmes de renforcement des capacités : ils sont limités, parce que vous n’avez pas de plan politique. Où est votre plan politique? Sans plan politique, comment pouvez-vous nous soutenir au parlement? Vous avez décidé de stagner dans vos zones de confort. Savez-vous ce qui se passe actuellement? Dans certains pays, les femmes ont refusé des postes de vice-présidence parce qu’elles sentent qu’elles ont besoin de quelque chose de mieux. Et c’est en raison du plan politique que les femmes ont mis de l’avant. Nous avons besoin d’un programme qui reconnaît nos différences en tant que femmes, qui nous unit par-delà nos diverses limites, différences et orientations. Nous ne formons pas un seul groupe homogène. Nous sommes faites de catégories de personnes et nous parlons de changement transformationnel. Cela ne pourra être atteint qu’avec les femmes. Nous devons combler ces lacunes, nous devons créer ces alliances. Et ces soi-disant féministes, qui sont assises sur la clôture, dans leurs zones de confort et qui nous disent comment faire de la politique, nous les voulons à l’intérieur.

Bisi Adeleye-Fayemi (animatrice) : Mesdames, et les quelques messieurs qui sont avec nous, nous devons maintenant terminer ce débat stimulant, informatif, revigorant, intéressant et exaltant. Je ne tenterai pas de résumer tout ce que nous avons entendu. Je voudrais vous laisser sur ces quelques réflexions.

Il semble que beaucoup de travail ait été centré sur le programme ou le plan d’action, par ailleurs un excellent travail. Mais quelque part, en réalisant ce travail, nous n’avons pas été explicites dans nos demandes et sur les attentes que nous entretenions à l’égard des femmes dans les postes décisionnels. Ainsi, peut-être qu’à l’avenir, alors que vous poursuivez vos programmes de renforcement des capacités, vos programmes d’autonomisation, vos programmes de mobilisation, vos programmes de préparation, vous ferez en sorte qu’ils soient accompagnés de demandes explicites et d’attentes explicites quant à ce que vous voulez que les femmes accomplissent lorsqu’elles accèdent à des postes de prise de décision.

Pour ce qui est des femmes occupant des postes décisionnels, nous entendons vos plaidoyers pour une meilleure communication. Nous savons que vous êtes des femmes extrêmement occupées. Vous avez à imbriquer vos demandes au travail politique, à vos partis, à vos électeurs, à vos familles. Vous devez effectuer plusieurs voyages pour des raisons officielles ou pas. Mais le mouvement féministe, qui a tellement lutté pour que vous accédiez à ces postes, a des préoccupations particulières quant aux droits des femmes. Quant à la pauvreté des femmes, quant à l’accès des femmes aux terres, quant à la violence à l’égard des femmes, à l’accès des femmes à l’avortement et à toute une gamme de questions qui, nous le savons, sont également importantes à vos yeux. Mais, parce que vous êtes si occupées à manipuler un système que vous ne connaissez pas bien, qui vous est si hostile, vous n’avez pas le temps.

Nous espérons que les deux groupes trouvent un terrain de rencontre, alors que nous allons de l’avant, parce que nous savons qu’il s’agit là d’une conversation ininterrompue. Le débat n’est pas né aujourd’hui; il a émergé il y a plusieurs années et il persistera pendant quelque temps encore. J’aimerais croire, à partir de ce que j’ai entendu de la part des deux parties et de leurs sympathisantes, que nous n’avons pas perdu notre temps en intégrant les femmes à la prise de décision!

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