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Défis Rencontrés Par Les Jeunes Femmes Défenseures Des Droits Humains Au Pakistan

Défis rencontrés par les Jeunes Femmes Défenseures des Droits Humains au Pakistan

Photo credit: Peace Direct

DOSSIER DU VENDREDI: Gulalai Ismail, jeune femme de 25 ans défenseure des droits humains (FDDH) et Présidente de Aware Girls[1] travaille depuis de nombreuses années pour améliorer la condition des jeunes femmes au Pakistan. 

Gulalai s'entretient avec l’AWID et nous fait part de ses expériences comme jeune FDDH vivant dans un contexte d'oppression et de discrimination sous le prétexte de raisons culturelles et religieuses.

Par Katherine Ronderos

AWID: Comment êtes-vous devenue activiste et pour quelles raisons ?

Gulalai Ismail (GI): J'ai commencé à militer lorsque j'étais en sixième ou septième année, en écrivant d'abord sur les questions relatives aux enfants et ensuite sur les problèmes qui touchent les jeunes et les femmes. Après avoir quitté l'école, j'ai créé une organisation réservée uniquement aux jeunes femmes. Pourquoi ? Parce que dans notre province de Peshawar au Pakistan, à la frontière avec l'Afghanistan, les femmes sont conscientes, dès leur jeune âge, de l'oppression et de la discrimination encouragées et acceptées au nom de la culture: par exemple, une femme qui fait l'objet de violences sans rien dire est considérée comme un modèle. Bien que certaines femmes aient accepté cette discrimination, nous avons décidé  de relever le défi et de promouvoir la sensibilisation quant aux droits de la femme et à l'importance de nouveaux leaderships. Ma décision de lutter pour les droits de la femme n'obéit pas à un seul incident en particulier, mais plutôt à la façon dont la culture est utilisée pour opprimer les femmes.  Un solide mouvement de femmes a existé dans le passé et a été extrêmement utile pour notre apprentissage et développement, mais aucune place n'était réservée aux jeunes femmes dans l'espace de prise de décision, celles-ci n'étant considérées que comme des bénéficiaires.  Ma source d'inspiration, ce sont les jeunes femmes de zones rurales qui sont ouvertes et disposées à apprendre et à transformer notre société.

AWID: Vous considérez-vous comme une femme défenseure des droits humains et une féministe ?

GI: En effet, je suis féministe et je me considère comme une jeune femme défenseure des droits humains, car les droits de la femme sont des droits humains. Je crois en notre autonomie et au fait que les hommes ne peuvent contrôler nos corps au nom de la culture et de la religion. Nous sommes des citoyennes qui ont le droit de jouir des mêmes droits sur un pied d'égalité. 

AWID: Quels sont, d’une manière générale, les principaux défis rencontrés par les jeunes FDDH ?

GI: Je détecte six grands défis, dont le premier est la diffamation. Les jeunes femmes qui travaillent en faveur des droits de la femme au Pakistan, en particulier les féministes, font l'objet d’un salissage de réputation de la part de ceux qui s’opposent à notre action. Nous sommes automatiquement considérées comme athées qui, sous l'influence du monde occidental, souhaitent occidentaliser la société (autrement dit, corrompre les valeurs de la société musulmane pakistanaise). Les jeunes activistes sont considérées comme des femmes sans valeurs ni principes, comme le prouvent les fausses accusations dont j’ai récemment été victime dans une campagne de propagande onlinedans laquelle j'ai été injustement accusée d'athéisme et de tenter de corrompre les valeurs islamiques de la société pakistanaise.

Le second défi est la reconnaissance, car les gens n'accordent pas de crédit aux jeunes femmes. En tant qu'organisation de jeunes FDDH, Aware Girls se heurte au manque de reconnaissance de l’action menée. Il nous a fallu longtemps pour pouvoir participer sur le plan politique et faire entendre notre voix au niveau politique et de la prise de décision. Malgré cela, les décideurs politiques ne nous prennent pas au sérieux ; ils estiment que nous ne connaissons pas la législation, que nous ne savons pas comment elle fonctionne et que nous considérons cela comme un jeu. D'une manière générale, les autorités ne reconnaissent pas notre engagement et notre responsabilité dans l'action que nous menons. Nous sommes discriminées chaque fois que nous assistons à des réunions de lobby.  

Aware Girls est une organisation exclusivement féminine; le personnel et le conseil de direction sont composés uniquement de jeunes femmes. Nous sommes victimes de harcèlements constants de la part du gouvernement et des médias qui considèrent avoir la liberté d'exploiter et de harceler les jeunes femmes, un mode de pensée très courant au Pakistan. Lors de la Journée internationale de la femme, le coordinateur du district de Peshawar a refusé de participer à notre manifestation à moins de lui garantir la sécurité et la protection contre d'éventuels troubles, même si, comme nous lui avons fait savoir, cette responsabilité incombe à l'État et non pas aux organisations de femmes. Il nous a également refusé l'autorisation d'organiser des activités publiques pour commémorer la Journée internationale de la femme, affirmant qu'il s'agissait d'une activité vulgaire et que les jeunes femmes ne doivent pas promouvoir « les idéaux occidentaux ». Nous avons dénoncé cette attitude auprès des médias et finalement, grâce à la pression exercée par ceux-ci, nous avons obtenu  l'autorisation de commémorer la Journée internationale de la femme. En notre qualité de citoyennes, nous avons le droit de défendre de promouvoir les droits des femmes et de nous mobiliser publiquement pour faire connaître nos idées et faire entendre notre voix. Il est intéressant de noter que bien qu'ayant soutenu des programmes visant à l'élimination de la violence faite aux femmes et aux jeunes filles, les gouvernements locaux ne semblent pas comprendre, dans la pratique, qu'ils contribuent, par les mesures qu'ils adoptent, dont celle que je viens de mentionner, au harcèlement à l'égard des jeunes femmes.

Nous sommes également confrontées au harcèlement sexuel de la part de différentes personnes. Nous avons mis au point certaines tactiques qui nous sont propres, comme le fait de ne jamais donner notre numéro de portable à qui que ce soit. Malgré le soutien que nous ont apporté les médias dans plusieurs cas spécifiques, nous avons également été harcelées par certains journalistes. Le harcèlement sexuel à l'égard des femmes dans les espaces publics est un fait généralement accepté; ce comportement et cette mentalité sont le résultat des stéréotypes discriminatoires appliqués dans l'éducation publique. Au Pakistan, des femmes sont assassinées au nom de l'honneur, la violence faite aux femmes est encore considérée comme un problème privé et personnel  et les corps féminins sont contrôlés par les hommes au nom de la religion; les médias jouent un rôle important dans la perpétuation de ces concepts.

La sécurité est une grave préoccupation en raison d'un fondamentalisme religieux extrême qui rend très difficile de plaider en faveur des droits des femmes. Le leader religieux de ma province a interdit aux femmes de travailler pour des organisations non gouvernementales (ONG). Cette interdiction viole notre droit au travail et notre liberté de choisir où travailler. La perception des gens est que les jeunes femmes sont ignorantes, qu'elles ne connaissent pas assez le système juridique ou la façon de se défendre, ce qui implique un risque accru, car ils se sentent libres de pouvoir commettre des abus ou de nous attaquer. La sécurité de notre organisation est également une préoccupation, car nos bureaux étaient situés dans un quartier très conservateur où nous faisions l'objet de harcèlements constants et nous nous sentions très peu en sécurité; finalement, nous avons dû déménager et nous installer dans un autre quartier de la ville.

Finalement, il est très difficile pour une organisation de jeunes femmes d'accéder à un financement. Les bailleurs de fonds sollicitent de nombreuses preuves de l'action menée et préfèrent soutenir des organisations établies de longue date en raison de leur réputation et de leur trajectoire. Dans le cadre d’une présélection pour obtenir un financement, nous avons remarqué que des exigences additionnelles étaient posées pour prouver que les jeunes femmes étaient capables d'effectuer le travail en question. Les bailleurs de fonds posent généralement de nombreuses questions, mais, en ce qui nous concerne, les questions relatives à la capacité des jeunes femmes pour effectuer le travail, s'adresser aux décideurs et aux politiques et les influencer étaient particulièrement persistantes.

AWID: Quels sont les principaux dangers auxquels vous êtes confrontées dans votre action ? Sont-ils différents dans le cas des jeunes femmes ?

GI: Peshawar était traditionnellement une ville très progressiste, mais aujourd'hui,  les enlèvements contre rançon y sont monnaie courante. Personne n'est plus en sécurité dans ma ville. Mais en tant que jeune FDDH, je dois reconnaître qu'il existe des risques particuliers liés à mes croyances et à mon action. Aware Girls est une organisation qui travaille sur des problèmes très sensibles tels que l'avortement médicalisé qui est illégal, sauf dans certains cas médicaux où la vie de la femme enceinte est en danger. Je suis très consciente du fait que mon travail remet en question le pouvoir taliban, ce qui implique également un grand péril. La radicalisation de la région où je vis pose de graves problèmes politiques, mais je crois que les communautés de base sont capables de s'opposer à la culture de l'intolérance extrémiste et que cette résistance est une partie essentielle de la quête de la paix.

AWID: Que recommandez-vous pour soutenir le travail des jeunes FDDH ?

GI: Les gens doivent d'abord reconnaître notre travail. Nos voix doivent être entendues aux échelons du gouvernement et de la société civile. En outre, les organisations de femmes et les organisations mixtes doivent envisager la possibilité de travailler en collaboration avec les jeunes FDDH et leurs organisations.

La communauté internationale devrait investir dans les leaderships de jeunes. Au Pakistan, nous avons défié les lois et la dictature; malgré cela, nous voyons que les préférences vont de plus en plus vers des positions de leadership masculin. Les bailleurs de fonds ne sont pas sensibles au leadership, en particulier celui des femmes et des jeunes. Il est très important d'investir dans le leadership des femmes et des jeunes, car c'est précisément le leadership des femmes qui est en péril et qui s'affaiblit. En octobre de cette année, nous serons présentes au siège des Nations Unies à New York  afin de plaider en faveur de l'adoption d'une Résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la jeunesse et la paix. Nous espérons que cette résolution reçoive le soutien international requis.

Finalement, les gouvernements doivent protéger et garantir les droits des jeunes FDDH à travailler et à défendre leurs propres droits. Lorsqu'un leader religieux affirme que les femmes ne peuvent pas travailler pour des ONG, l'État devrait s'opposer et protéger notre droit au travail et garantir notre sécurité pour réaliser ce travail.

Ressources:

[1]Aware Girls et une organisation dirigée par des jeunes femmes qui travaillent à l'autonomisation des femmes à l'égalité des genres et la paix au Pakistan. Son action est basée sur le renforcement des capacités de leadership des jeunes femmes de façon à leur permettre de jouer le rôle d'agent de transformation sociale au sein de leurs communautés.

Cet article fait partie de la série hebdomadaire des « Dossier de Vendredi (Friday File en anglais) », de l’AWID qui explore des thèmes et évènements importants à partir de la perspective des droits des femmes. Si vous souhaitez recevoir la lettre d’information hebdomadaire « Dossier du Vendredi », cliquez ici.

Cet article a été traduit de l’anglais par Monique Zachary.

Licence de l'article: Creative Commons - Titulaire de la licence de l'article: AWID